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Publié par Torreben

République ! Que ne fait-on pas en ton nom ?

Le gouvernement a présenté son projet de loi pour, dit-il, « conforter les principes républicains » en affirmant fièrement que ce « texte s’inscrit dans la grande tradition des fondateurs de notre République ». Sa simple lecture, comme celle du projet de loi dit de « sécurité globale » ou encore des dispositions de fichage généralisé prises en catimini par décret, après les destructions d’une partie du code du travail et le projet de pulvérisation du système de retraites par répartition, montrent que le pouvoir ne conforte en aucun cas lesdits principes : il les détricote méthodiquement.

Ce faisant, il démembre la République. Il faut d’ailleurs être doté d’une dose d’hypocrisie hors du commun pour écrire dans ce projet censé « garantir les principes républicains » que « le service public est le bras armé de l’impartialité de l’État ». La formule, plus que discutable, est surtout grotesque quand on doit chaque jour constater que l’État piloté par les fondés de pouvoir des puissances d’argent s’échine à détruire un à un les services publics dans leur acception républicaine c’est-à-dire universels. Qu’on en juge par l’actualité des jours passés ! EDF est menacée d’être découpée en morceaux avec le bien nommé projet dit « Hercule ». Les projets de privatisation des transports régionaux se multiplient. Le texte sur « la sécurité globale » vise avec l’austérité budgétaire à affaiblir le service public de la police nationale pour favoriser la création de polices municipales qui, peu à peu, deviendront des délégations de service public, c’est-à-dire des sécurités privées dans le cadre d’une surveillance toujours plus grande grâce aux drones ou à la 5G. L’école est de plus en plus ouverte aux intrusions du privé, et la douloureuse expérience de ces derniers mois montre dans quelle piètre estime les comptables au service du capitalisme tiennent le service public de la santé.

Après avoir essoré les collectivités territoriales, le texte initial du projet de loi n’hésitait pas à parler de « carences républicaines » des maires pour mieux les placer sous tutelle des préfets. Une procédure dérogatoire à la loi de 1881 sur la presse est envisagée en lien avec l’article 24 de la loi sécurité. Bref, le pouvoir ampute la République de ce qui la fonde historiquement : la garantie des libertés publiques, la démocratie sociale et politique, le soutien à l’éducation laïque, la promotion du progrès social et environnemental, la coopération internationale entre les peuples et la paix.

Une République, toujours plus amaigrie, dépouillée de ses ambitions sociales et démocratiques sous la pression du capitalisme financier autoritaire et militarisé surplombée par les injonctions des traités européens, ne peut que se transformer en régime autoritaire, ultralibéral, antipopulaire suscitant défiance et révoltes.

Le principe de séparation des Églises et de l’État est ainsi dévoyé pour servir d’outil de contrôle sur la population. La laïcité ne peut être efficace contre les fondamentalismes religieux que dans la mesure où elle reste fidèle à sa vocation égalitaire. Et la mise à distance du religieux de l’espace délibératif n’est possible que si la démocratie est belle et bien vivante. C’est la grande leçon de Jean Jaurès, architecte décisif avec d’autres de la loi de 1905. Il est illusoire de vouloir recoudre le lien social et civique qui fonde l’idée républicaine en s’acharnant à défaire le commun, en livrant nos secteurs publics au privé qui s’en gave.

Au contraire, plus de propriété sociale et démocratique permettra de refonder la République sociale, démocratique, laïque. Ce qui appelle un autre pouvoir.

 

Patrick Le Hyaric (Journal L’Humanité)

 

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