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Publié par Torreben

Jour de deuil pour la pêche artisanale - Jour de fête pour l’industrie

Le Scombrus, dernier-né des chalutiers géants, doit être baptisé ce vendredi 25 septembre au port de Concarneau. L'office se déroulera sous les bons auspices de l'État, mais sans la grâce des pêcheurs artisanaux, lesquels maudissent ces colosses de la mer qui avalent les poissons par milliers.

Ne parlez pas de baptême, ce n'est pas comme cela qu'il faut dire. La cérémonie qui doit se tenir ce jour sur le port de Concarneau, dans le Finistère, est une bénédiction en bonne et due forme. Un homme d'Église conduira l'office, auquel tout le gratin de la pêche française est convié. Annick Girardin, ministre de la Mer, et Julien Denormandie, celui de l'Agriculture, seront là, aux côtés de Gérard Romiti, le président du Comité national des pêches et de 300 autres invités. C'est que l'événement est de taille, il n'y a pas d'autres mots, quand il vise la consécration d'un colosse de la mer : le Scombrus, dernier-né de cette famille de chalutiers géants qui croisent les océans, aura été très officiellement oint en ce 25 septembre.

Les fées, toutefois, ne seront pas les seules à se pencher sur son berceau. Ce vendredi est aussi déclaré jour d'enterrement d'une petite pêche artisanale prête à souffler des rafales de colère. Gardé, depuis mercredi, par les forces de police, le port se préparait à du remous, alors que les acteurs de la filière prévoyaient de manifester ce matin (1) contre ce nouveau rejeton d'une pêche industrielle qui n'en finit plus de laminer le métier.

« En trente ans, la flotte française a été réduite de moitié», résume Ken Kawahara, secrétaire de la Plateforme de la petite pêche artisanale. La concentration des armements est en cause, qui voit, depuis 1990, les petits se faire avaler par les gros. Propriété de France Pélagique, l'un des principaux armateurs de l'Hexagone quoique filiale du groupe néerlandais Cornelis Vrolijk, le Scombrus CC-919999 (c'est son nom officiel) se présente, de fait, comme un parfait échantillon du genre.

L'équivalent de ce que pêchent, en un an, dix bateaux de dix mètres

Long de 81 mètres, équipé d'une unité de surgélation qui occupe son volume aux trois quarts, le bateau est capable, en une nuit, de capturer jusqu'à 200 tonnes de poissons. C'est « l’équivalent de ce que peut traiter en un jour la criée de Lorient, plus grosse criée française » souligne Thibault Josse, chargé de mission pour l'association Pleine mer, qui regroupe pêcheurs artisanaux et défenseurs de l'environnement. L'équivalent, aussi, de ce que pêchent, en un an, dix bateaux d'une dizaine de mètres. Pour comparaison, en 2018, on comptait, en France métropolitaine, près de 3500 de ces derniers, contre seulement 37 de plus de 40 mètres (2). Les plus de 70 mètres, eux, ne dépassent pas, aujourd'hui encore, la dizaine.

Ce sont eux, cependant, qui, d'année en année, tendent à accumuler les quotas. Les chiffres ne sont pas tous sur la place publique, certains circulent néanmoins. « Nous avons l’exemple du Margiris, navire-usine néerlandais de 142 mètres qui dispose à lui seul de l’équivalent de 75 % des quotas britanniques », relève Thibault Josse. Toutes proportions gardées, le Scombrus ne devrait pas être moins gourmand. Contactée par l'Humanité, France Pélagique n'a pas souhaité répondre directement à nos questions. Son dossier de presse, qui détaille longuement les qualités environnementales de son nouvel équipement, reste pour sa part on ne peut plus vague quant à sa capacité de pêche. La genèse du bateau, cependant, offre une idée de celle dont il dispose. Car, pour pouvoir mettre le Scombrus à flot, France Pélagique a fait des sacrifices. C'est le Label Normandy et quatorze de ses membres d'équipage qui en ont fait les frais. Petits pêcheurs et organisations environnementales l'assurent: revendu il y a peu, le chalutier de 51 mètres a été liquidé afin d'obtenir les fonds, mais aussi les autorisations de jauge dont bénéficierait aujourd'hui le Scombrus. « C'est une stratégie qui remonte à la création de la Politique européenne des pêches, en 1982», explique Ken Kawahara. « Pour accumuler les droits de pêche, les armateurs doivent les prendre à d'autres, et pour cela, ils vendent et ils rachètent. »

Un terrible impact sur la biodiversité marine

À elle seule, l'histoire tout entière du Label Normandy raconte ces trocs. Construit en Espagne en 1995 sous le nom de Wiron 1 pour le compte de l'armement néerlandais Jaczon, acquis par la suite par Cornelis Vrolijk et rebaptisé Atlantic Lady, le navire est devenu, en 2017, propriété du fécampois Spes Armement... société dans laquelle France Pélagique, qui déjà exploitait le Sandettié et le Prins Bernhard, deux unités de plus de 80 mètres immatriculées à Fécamp, prenait, cette même année, des «parts substantielles», rapportait à l'époque l'hebdomadaire le Marin.

Quoi qu'il en soit, reprend Ken Kawahara, « dès lors qu'un navire doté d'une telle capacité d'absorption est sur zone, il la vide littéralement de ses poissons ». L'impact est terrible pour les petits pêcheurs qui, dans le même temps, se voient retirer des quotas. « C'est arrivé récemment à l'un de nos collègues, qui s'est vu refuser le droit de sortir pêcher alors même qu'un gros chalutier pélagique opérait plus au large. » L'impact est lourd, aussi, pour la ressource halieutique et la biodiversité marine.

Cerise sur la chaloupe : rien, dans cette entreprise, ne viendra soutenir l'économie locale. Construite et mise à flot en Pologne, la coque du Scombrus CC-919999 a été équipée en Norvège. Le fruit de sa pêche, lui, devrait finir dans le port d'Ijmuiden, aux Pays-Bas.

Marie-Noëlle BERTRAND

(1) Sous réserve d’interdiction liée au Covid-19.

(2) Source: ministère de l'Agriculture et de la Pêche.

Source : Journal L’Humanité

EN COMPLÉMENT :

La situation du port de Concarneau 

(Syndicat des marins CGT)

Le port est aujourd'hui tombé « au-dessous des 10 000 tonnes de production de pêche fraîche » Le dernier hauturier artisanal a abandonné la place l'an passé. Ne reste aujourd'hui que les côtiers et la bolinche, bien loin de produire les 45 000 tonnes de poissons pour lesquelles la criée avec ses quais, avait été taillée. Une réalité que ne digère toujours pas le secrétaire du syndicat des marins CGT.

« Nous avions une flotte moderne de chalutiers hauturiers construits pour l'essentiel dans nos chantiers. Avec leur disparition, ce sont autant d'emplois de marins et de dockers qui ont disparu en quelques années, pour laisser place au développement de la plaisance, regrette-t-il. C'est incompréhensible alors que de gros investissements ont été réalisés dans le port. L'essentiel de notre flotte est passé dans les mains des Espagnols pour la pêche hauturière, et les Hollandais pour la pêche au thon. Quant aux côtiers, ils se démènent avec les quotas gérés par les organisations de producteurs. Pourtant la ressource est là quand elle est bien gérée. »

Pavillon français et quotas

Yves L'Helgoualc'h s'agace du « sabordage du secteur maritime » « Avant la spécialité de Concarneau était le chalut de fond. Les Espagnols ont transformé nos bateaux en fileyeurs ou en palangriers. Ils les exploitent aujourd'hui sous pavillon français en changeant de port d'immatriculation comme celui de Bayonne. Ils disposent ainsi de nos quotas et de nos marchés. Les patrons viennent même à Concarneau passer leur module français devant les Affaires maritimes. Ils sont alors autorisés à commander sous pavillon français. Plus besoin alors d'avoir un seul français à bord ! » s'insurge-t-il.

Et de pointer ces bateaux qui pêchent à « quelques kilomètres de notre côte », qui débarquent le poisson, « comme le merlu cet hiver », en base avancée, avant d'être « expédié par camion » en Espagne. Une grande partie « revient ensuite en France : 66 % du marché français des produits de la mer est importé. » Conséquence selon lui ? « Un déficit de la balance du commerce extérieur des produits de la mer record de 4,3 milliards d'euros pour la France en 2018... »

La pêche minotière

Cette pêche destinée à produire des « millions de tonnes » de farines et des huiles pour alimenter les élevages de poissons entre autres est, pour le syndicaliste, à l'origine de bien des maux, notamment de la surpêche : « La CGT entend défendre une pêche nourricière et non spéculative. »

Emploi et formation

« Notre flotte est exploitée sous le Registre international français (RIF) qui prévoit que 25 % de l'équipage doit être européen et 75 % des pays extérieurs »,

explique Yves L'Helgoualc'h. Mais comme au final « le marin français coûte plus cher », la situation de l'emploi maritime « ne cesse de se dégrader tant à la pêche qu'au commerce ». Conséquence ? L'avenir de l'Enim (retraite) est en danger car les cotisations diminuent : « La CGT entend se battre pour le maintien du régime spécial de retraite basé sur 37,5 années de cotisation qui tient compte de la pénibilité. »

(1) Le projet de restructuration de la criée devrait être dévoilé fin juin dans ses grandes lignes.

 

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théophile le faou 25/09/2020 16:32

"notre Députée était du casse croute aux frais des pècheurs?