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Publié par Torreben

Devoir de Mémoire. Au nom de son père Alain Signor

À 89 ans, Élise Foliot a eu tout le loisir de mesurer que le temps passe. Mais sa mémoire est encore vive au souvenir de son père Alain Signor, instituteur et militant communiste, entré dans la Résistance avant de devenir député du Finistère.

Une rue de Pont-l’Abbé porte son nom. « Ce n’est pas lui qui l’a demandé. C’était après sa mort », s’empresse de préciser Élise Foliot, sa fille, qui souhaite raviver le souvenir de son père, un homme intègre, trop tôt disparu à l‘âge de 65 ans.

« C’était un homme très simple qui a passé une grande partie de sa vie à Pont-l’Abbé où il est né et qui a fait deux mandats de député », expose cette dernière qui tient à effectuer ce devoir de mémoire avant d’elle-même disparaître. « Il était instituteur et il a été arrêté dans sa classe, devant ses élèves, par la police pétainiste, avant que les Allemands n’arrivent, puis interné à l’île d’Yeu. N’avait-il pas le droit d’avoir ses idées comme tout un chacun ? », s’interroge encore aujourd’hui la vieille dame à propos de ce père qui a créé une section des jeunes communistes en 1924 à Pont-l’Abbé et a adhéré au PCF en 1927.

Il rejoint la Résistance en zone sud

« Depuis l’âge de 20 ans, il était communiste et nous, sa femme et ses quatre filles, on a dû se cacher », se souvient Élise. Révoqué de son poste d’instituteur par le régime de Vichy le 28 octobre 1940, il rejoint les rangs de la Résistance en zone sud après s’être évadé du camp de Saint-Augeau, dans le Cantal. « Nous étions seules, ma petite mère et ses quatre filles. Il a bien fallu qu’on nous accueille quelque part. La résistance était déjà organisée et s’est occupée de nous trouver une famille, ma sœur aînée et moi, à Plougonvelin, dans une ferme. En Bretagne il y avait des gens vraiment bien, raconte Élise avec émotion. J’avais 10-11 ans et pendant une année, on n’est pas allé à l’école. Une fois les vacances finies, on faisait attention de ne pas faire de bruit pour que les gens ne posent pas de question sur notre présence. Il y avait de la délation », complète celle-ci qui avait 15 ans à la Libération et sa sœur Monique 17 ans. Sa mère s’était quant à elle réfugiée avec les deux plus jeunes chez sa sœur dans le 14e arrondissement de Paris.

Un séjour de six mois en URSS

« Il a repris ses fonctions d’instituteur après la guerre, à Issy-les-Moulineaux puis à Brest, et il a enseigné jusqu’à sa retraite. C’est à ce moment-là qu’il a commencé à écrire sur son Pays bigouden qu’il adorait avant tout », raconte encore Élise à propos de son père qui est l’auteur d’un livre sur la révolution à Pont-l’Abbé. Elle se souvient également de son séjour en URSS, accompagné de sa femme. « C’est ma grand-mère bigoudène qui est venue s’occuper des quatre filles à Issy-les-Moulineaux ». Une grand-mère qui tenait un commerce de bières, boissons gazeuses et confiserie au n°5 de la rue Lamartine à Pont-l’Abbé avec son fils Pierre. « Il est resté six mois là-bas et il a vu des choses qu’il n’aurait pas dû voir mais il ne pouvait pas rester sans parler », ajoute Élise. Il séjourna à Moscou de septembre 1945 à mars 1946 comme correspondant de l’Humanité et représentant du PCF et milita après son retour en France au sein de l’association France URSS.

Un député très actif

« Le 10 novembre 1946, Alain Signor fut élu député du Finistère en troisième position sur la liste « d’Union républicaine et résistante », avec Pierre Hervé et Gaby Paul. Lors de ses mandats, il fut membre des commissions de l’agriculture (1946-1947), de l’Éducation nationale (1949-1951), et surtout de la Marine marchande et des pêches (1946-1951). À la Chambre, il fut très actif : défense des agriculteurs, des pêcheurs, des normaliens et des écoles normales dont il devint le spécialiste, tout en protestant contre la guerre d’Indochine » détaille le site internet « Guerre et résistance en Pays bigouden » [https://bigouden1944.wordpress.com] créé en 2016 par trois enseignants à la retraite dont Jean Kervision, ancien instituteur qui a connu la rafle du 12 août 1944. « Signor fit partie des 26 membres (15 titulaires et 11 suppléants) écartés lors du XIIe Congrès du PCF en avril 1949. Ses liens avec Charles Tillon inquiétaient la direction du PCF », apprend-on également sur ce site dédié aux anciens résistants.

Delphine Tanguy (Le Télégramme)

[Ndlr] : notice biographique http://maitron-en-ligne.univ-paris1.fr/spip.php?article131174

Devoir de Mémoire. Au nom de son père Alain Signor
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