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Publié par glazik-plomeur

 

Septembre 2017

De Jean-Michel Galano Philosophe, militant communiste 
Sur le "populisme de gauche" (Tribune dans l'Humanité)


 

Je suis revenu de l’université d’été du PCF avec beaucoup d’optimisme et de détermination. Mais aussi avec une colère froide contre le « populisme de gauche », dont les débats ont mis les ressorts à nu. Et aussi de la honte : je suis philosophe, je crois au débat d’idées du moment que c’est bien d’idées qu’il s’agit. On n’en est malheureusement pas là avec les thèses de Mouffe, de Laclau et d’Errejon, que certains s’efforcent de populariser dans quelques cercles intellectuels soi-disant « postmodernes ». On n’a pas affaire ici à une recherche théorique libre, susceptible d’ouvrir le champ des possibles, mais à la justification piteuse et prétentieuse de pratiques politiciennes bâties sur le renoncement à la raison. 

Le « populisme de gauche », prenant acte de l’échec des politiques dites de troisième voie de la social-démocratie traditionnelle et considérant comme morts et enterrés le « marxisme » et ses leurres supposés (le rôle moteur de la classe ouvrière, l’organisation politique, l’appropriation de la théorie par les masses, etc.), assume sans complexe le renoncement au combat des idées. Il subordonne tout à la libération, sur les réseaux sociaux et dans les médias, d’une parole vindicative prompte aux oppositions binaires, aux « coups » médiatiques et à une soi-disant « guerre de position » où le contenu n’importe absolument pas, où seules comptent la forme et l’image. Il paraît que c’est « efficace » : mais pour qui, et selon quels critères d’efficacité ? Le peuple qu’il s’agit de « créer », mais en fait de manipuler, c’est celui dont Gustave Lebon faisait déjà la théorie en 1895, celui de la théorie des foules, des instincts basiques antérieurs à toute élaboration rationnelle. La qualité des slogans ne devrait être évaluée qu’à l’aune de leur capacité mobilisatrice, mais au service de quoi, de qui ? 

Ce qui me fait le plus mal, c’est de voir Freud et Gramsci enrôlés de force dans cette affaire-là. Toute l’œuvre de Gramsci est justement pour montrer que, dans la conquête de l’hégémonie, ce n’est pas la ruse qui est déterminante mais l’appropriation par le plus grand nombre du plus grand nombre possible de leviers décisionnels, avant comme après la conquête du pouvoir d’État. Le présupposé théorique essentiel de Mouffe et compagnie, s’il en est un, n’a rien de neuf : les sophistes de l’Antiquité en avaient fait leur dogme essentiel. Selon eux, le réel n’existe tout simplement pas en dehors des discours qui le constituent. Nietzsche puis Foucault ont repris ce thème : pour eux, il n’y a pas de « choses », mais des « discours sur les choses ». Or, le réel existe. Hegel le disait à sa façon : « La pensée est un os. » Dans l’histoire, se créent laborieusement des identités subjectives, des « nous » qui ne se réduisent pas à de simples réactions. Les humains agissent. Et on ne les paie pas longtemps impunément de mots ou de spectacles. 

Le « populisme de gauche » n’est qu’une justification démagogique de la démagogie elle-même, un pillage indécent de la théorie par quelques intellectuels verbeux ou démissionnaires. Au service de qui ? Certainement pas du peuple en tout cas. 

Jean-Michel Galano 
Philosophe, militant communiste

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Patrick 24/10/2017 06:25

Vos arguments sont les bons. On aurait aimé certes vous suivre mais il y a bien longtemps que le PCF occupé à faire sa petite cuisine électorale avec un PS qui hier encore s'imaginait "hégémonique" n'a plus eu rien à dire ou ne savait plus le dire, ou ne savait plus parler à son électorat largement perdu par votre parti, au fil du temps. Depuis cinquante ans, on attendait une parole, une critique de bien des choses mais non, rien. Il a fallu penser la chute du Mur en 89 et la fin de l' URSS tout seul, par soi-même avec le PCF aux abonnés absents. Localement, certains maires PCF se sont mis par la suite à privatiser certains services publics sous prétexte que ce n'était plus "rentable". Je jure que je l'ai vu dans une mairie étiquetée "PCF". Aujourd'hui à Montreuil, silence radio absolu sur les familles de Roms jetés à la rue comme dans n'importe quelle ville FN ou L.R. Alors, bon, pour les critiques impitoyables envers les tentatives de Madame Mouffe et consort de reprendre le fil de la conversation là où certains l'ont déserté, merci bien ! Au moins, cela aura eu le mérite de réveiller les citoyennes et les citoyens et non pas les foules comme vous dites si bien. Nous ne sommes ni endormis, ni hallucinés, ni même malades comme le pense le président Macron. Individuellement, les électeurs et les électrices de Gauche continuent à réfléchir et à agir. La critique du productivisme industriel n'a pas été faite au PCF, elle a été faite chez les Verts et à ELLV avant de l'être plus tard au PG. S'il avait fallu attendre le PCF, on pourrait encore attendre. La critique acerbe, très certainement justifiée et lyrique est facile mais la réalité est ailleurs. L'os aussi. Vous dites emporté par vos caricatures : "La qualité des slogans ne devrait être évaluée qu’à l’aune de leur capacité mobilisatrice, mais au service de quoi, de qui ?" Réponse : au service des citoyennes et des citoyens français et des travailleurs résidents, via le programme "l'Avenir en Commun " - Pas la peine de faire des mystères, hein ! Vous le savez pertinemment.