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Publié par Torreben

Il faut faire la clarté sur le «populisme de gauche»

Jean-Michel Galano , philosophe, militant communiste

Je suis revenu de l'université d'été du PCF avec beaucoup d'optimisme et de détermination. Mais aussi avec une colère froide contre le « populisme de gauche », dont les débats ont mis les ressorts à nu. Et aussi de la honte : je suis philosophe, je crois au débat d'idées du moment que c'est bien d'idées qu'il s'agit. On n'en est malheureusement pas là avec les thèses de Mouffe, de Laclau et d'Errejon, que certains s'efforcent de populariser dans quelques cercles intellectuels soi-disant « postmodernes ». On n'a pas affaire ici à une recherche théorique libre, susceptible d'ouvrir le champ des possibles, mais à la justification piteuse et prétentieuse de pratiques politiciennes bâties sur le renoncement à la raison.

Le « populisme de gauche », prenant acte de l'échec des politiques dites de troisième voie de la social-démocratie traditionnelle et considérant comme morts et enterrés le « marxisme » et ses leurres supposés (le rôle moteur de la classe ouvrière, l'organisation politique, l'appropriation de la théorie par les masses, etc.), assume sans complexe le renoncement au combat des idées. Il subordonne tout à la libération, sur les réseaux sociaux et dans les médias, d'une parole vindicative prompte aux oppositions binaires, aux « coups » médiatiques et à une soi-disant « guerre de position » où le contenu n'importe absolument pas, où seules comptent la forme et l'image. Il paraît que c'est « efficace » : mais pour qui, et selon quels critères d'efficacité ?

Le peuple qu'il s'agit de « créer », mais en fait de manipuler, c'est celui dont Gustave Lebon faisait déjà la théorie en 1895, celui de la théorie des foules, des instincts basiques antérieurs à toute élaboration rationnelle. La qualité des slogans ne devrait être évaluée qu'à l'aune de leur capacité mobilisatrice, mais au service de quoi, de qui ?

Ce qui me fait le plus mal, c'est de voir Freud et Gramsci enrôlés de force dans cette affaire-là. Toute l'œuvre de Gramsci est justement pour montrer que, dans la conquête de l'hégémonie, ce n'est pas la ruse qui est déterminante mais l'appropriation par le plus grand nombre du plus grand nombre possible de leviers décisionnels, avant comme après la conquête du pouvoir d'État.

Le présupposé théorique essentiel de Mouffe et compagnie, s'il en est un, n'a rien de neuf : les sophistes de l'Antiquité en avaient fait leur dogme essentiel. Selon eux, le réel n'existe tout simplement pas en dehors des discours qui le constituent. Nietzsche puis Foucault ont repris ce thème : pour eux, il n'y a pas de « choses », mais des « discours sur les choses ». Or, le réel existe. Hegel le disait à sa façon : « La pensée est un os. » Dans l'histoire, se créent laborieusement des identités subjectives, des « nous » qui ne se réduisent pas à de simples réactions. Les humains agissent. Et on ne les paie pas longtemps impunément de mots ou de spectacles.

Le « populisme de gauche » n'est qu'une justification démagogique de la démagogie elle-même, un pillage indécent de la théorie par quelques intellectuels verbeux ou démissionnaires. Au service de qui ? Certainement pas du peuple en tout cas.

 

 

En complément...

Contradiction

Où l’on apprend que si Benoît Hamon s’était désisté en faveur de Jean-Luc Mélenchon, ce dernier, élu président de la république, l’aurait nommé à Matignon.

C’est une déclaration importante et étonnante du député marseillais. Mélenchon était donc prêt à présider aux côtés d’un gouvernement dirigé par le vainqueur de la primaire socialiste. Ce gouvernement aurait comporté des ministres socialistes, et très probablement des ministres communistes et écologistes aussi. Cela aurait été une sorte de remake de la gauche plurielle sous le gouvernement Jospin auquel participa Jean-Luc Mélenchon. Il faut noter qu’une telle situation aurait été beaucoup plus loin que le soutien sans participation du PCP et de Bloco de Esquerda au gouvernement socialiste portugais. C’est bizarre car ce qui se passe au Portugal fait l’objet d’un silence assourdissant ou de sarcasmes dans la France insoumise et une grande partie de la gauche radicale.

Mais il y a plus confondant encore dans cette déclaration candide : un gouvernement d’union de gauche sous présidence mélenchoniste irait à l’encontre de la stratégie populiste mise en place par Mélenchon pendant les campagnes présidentielle et législative : refus de l’unité avec les « vieux partis de gauche » qui coûta probablement la qualification de Mélenchon au deuxième tour et refus d’accords de désistement aux législatives, qui coûta de nombreux sièges au PCF et aussi à la FI. Mélenchon souligne, sans le vouloir, les limites de cette stratégie populiste qui vise non à rassembler la gauche, mais à « fédérer le peuple ». Alors pourquoi avoir mis en place une stratégie qui ne permet pas de dégager un bloc majoritaire (de gauche) ?

Une hypothèse : l’objectif de Mélenchon n’était ni de remporter l’élection présidentielle, ni de gagner les élections législatives, mais de dépasser et « remplacer » les autres partis de gauche (selon l’expression de Mélenchon) afin d’établir sa propre hégémonie sur l’ensemble de la gauche.

Philippe Marlière (sur Facebook)

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Angelilie 17/09/2017 02:02

beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une belle découverte et un enchantement.N'hésitez pas à venir visiter mon blog (lien sur pseudo)
au plaisir