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Publié par Torreben

Coup de pinceau à Pont-Aven

ci-dessus : "Dans le Vent" - Jean-Julien Lemordant (Quimper, musée des beaux-arts)

« La Modernité en Bretagne » fait la part belle aux héritiers de Paul Gauguin.

Pont-Aven, ce «petit trou pas cher», comme disait Gauguin, est en réalité vaste par son histoire picturale. Comme une évidence, le «petit» musée de Pont-Aven, après trois ans de chantier, a rouvert ses portes pour jouer dans la cour des grands. Et cette année, l'art breton est à l'honneur. On pense à Paul Gauguin, chef de file du synthétisme, mais qui est l'arbre fleuri et coloré cachant une forêt de peintres héritiers de ce courant. C'est à eux qu'est dédié le deuxième volet de l'exposition temporaire. Cette génération de l'entre-deux-guerres, en quête de modernité, délaisse alors les paysages pour les individus, s'obstine à trouver dans le monde une part d'humanisme.

Pour commencer ce parcours initiatique, la première salle est consacrée à l'artiste précurseur Jean-Julien Lemordant. Son personnage principal est le vent qui plie les femmes endimanchées ou les hommes au labeur. Puis, des couloirs nous mènent aux oeuvres mystiques, spirituelles, presque métaphysiques de Jean-Georges Cornélius, qui dépeint tantôt un ange en figure de proue irréelle (l'Aventure) tantôt le Christ aux côtés d'un travailleur résigné (le Christ et le pêcheur). Homme à la silhouette monumentale, hypertrophiée, comme les personnages d'Yves de Kerouallan et Émile Guillaume. Ils piochent dans le réalisme soviétique de l'époque, on sent dans leurs œuvres le désir de valorisation du travail devenu essentiel dans une société en pleine reconstruction.

Hachures de peintures, scènes de folklore, japonisme

Plus loin, on peut admirer le «treillisme» de Pierre de Belay. Ces hachures de peintures, influencées par l'expressionnisme, sont non sans rappeler le pointillisme. Sa vision de la Bretagne est colorée et pleine de vitalité, folklorique. Le folklore, on le retrouve plus qu'ailleurs chez l'aquarelliste virtuose Ernest Guérin. Il s'empare du triptyque de façon nostalgique pour dépeindre des scènes de messes ou de pardons. Mais si son support est traditionnel, son coup de pinceau est moderne, inspiré du japonisme. Les arrière-plans sont simplifiés, les nuages s'apparentent à l'écume de Hokusai, et les personnages sont cernés de noir. Une exposition qui fait la part belle à une multitude d'artistes qui ont tous trouvé l'inspiration en Bretagne. Et pour ceux qui pensaient que la cité des peintres s'était endormie après Gauguin, le musée est là pour prouver le contraire.

Musée de Pont-Aven, place Julia, Pont-Aven (29). Jusqu'au 7 janvier 2018.

Félicia Sidéris (Journal L’Humanité)

 

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