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Publié par Torreben

Quand Manuel Valls a décrété que les gauches étaient « irréconciliables », il est allé au bout d’un cheminement qui détruisait le PS d’Épinay, celui de François Mitterrand.

Mitterrand avait institué le marche ou crève des gauches antinomiques. Le mot d’ordre était de les rendre conciliables. Quand, lors des municipales de 1977, cet homme qui venait de la droite a obligé des centaines de bons notables roses, dans le genre d’un Gaston Defferre, à faire alliance avec le PC, il a mis en place des « alliances contre nature », comme disait la droite de l’époque.

Au bout du compte, la conciliation des « irréconciliables » a amené la gauche au pouvoir, avec ses limites, ses retournements, ses variations, et cette gauche bancale a gagné les élections, tandis que les Français y trouvaient quelques acquis : la cinquième semaine de congés, la retraite à 60 ans, l’abolition de la peine de mort, les comités d’entreprise, l’ancêtre du RSA, la CMU, les 35 heures, le Pacs ou le mariage pour tous.

En théorisant la fin du parti « mi-chèvre rose mi-chou blanc », Manuel Valls a livré le PS au centre droit d’Emmanuel Macron et soldé une histoire qui vaut ce qu’elle vaut, mais que Mitterrand a fait durer quarante cinq ans.

Donc le PS est tombé par sa faute et ses retournements. C’est un fait. Fleurs et couronnes, c’est du passé, n’en parlons plus.

Mais ce constat n’explique pas tout. Il ne dit pas pourquoi cette Bérézina est devenue celle de toute la gauche, et pourquoi personne n’a pris la place que le PS avait abandonnée. C’est qu’il y a dans cette débâcle collective un autre acteur central, qui ne s’est pas hissé à la hauteur du moment historique qu’il avait pourtant su créer par son talent, au premier tour de la présidentielle.

Le 23 avril, Jean-Luc Mélenchon est devenu, par la volonté des électeurs, le numéro un de la gauche, le patron, celui vers qui se tournaient les regards. Il pouvait réconcilier les gauches, apaiser les divergences, faire venir à lui les électeurs déboussolés par cinq ans de hollandisme. Il a choisi de souffler sur les braises, d’excommunier, de dénoncer les contradictions plutôt que de les dépasser. Les socialistes étaient des « crevards », les communistes, « le néant et la mort ».

À sa manière, Jean-Luc Mélenchon a décrété, comme Manuel Valls, mais pour des raisons rigoureusement inverses, l’un par effondrement idéologique, l’autre au nom de la pureté, que les gauches étaient « irréconciliables » et il a accablé ses partenaires potentiels. Le résultat est là. Même dans sa propre circonscription, le Mélenchon législatif a perdu du terrain par rapport au Mélenchon présidentiel (34 % contre 39 % le 23 avril).

Le mal est fait. La gauche est affaiblie comme jamais, ce qui ne veut pas dire qu’elle ne se relèvera pas, dans sa diversité et ses contradictions. Les cimetières politiques sont peuplés de ressuscités. Encore faut-il que les uns et les autres ne se contentent pas de se frotter les mains devant les malheurs du rival. Encore faut-il que chacun assume ses égarements. Et que tout le monde renonce à s’écharper au pied du monument aux morts.

Extrait d’une chronique de Hubert Huertas (site Mediapart)

https://www.mediapart.fr/journal/france/120617/croquis-gauche-le-chaos-des-irreconciliables

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