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Publié par glazik-plomeur

 

Le chef du parti travailliste Jeremy Corbyn a appelé Theresa May à démissionner : « Elle n'a plus la confiance de personne, je pense qu'il est temps qu'elle parte. » Photo : Niklas Hallen/AFP

 

Un article du journal l'Humanité(http://www.humanite.fr )


 

Au terme d'une longue nuit consacrée au dépouillement des votes, le Royaume-Uni s'éveille, au lendemain des élections législatives, avec un "parlement suspendu" et une instabilité politique tout à fait inattendue.

lors que tous les résultats ne sont pas encore parvenus, plusieurs éléments sont d'ores et déjà établis. À 43%, Theresa May perd sa majorité absolue et Jeremy Corbyn fait une percée inespérée, dépassant, avec ses 40%, les scores de Tony Blair, Gordon Brown et Ed Milliband depuis 2005.

Les ressorts du vote ont été économiques et sociaux, loin du seul Brexit derrière lequel Theresa May voulait dissimuler la poursuite de ses attaques anti-sociales et de l'austérité.

Londres (Royaume-Uni), envoyé spécial.

Avec 43% des voix aux législatives de jeudi au Royaume-Uni (+6% par rapport à 2015), Theresa May a, dans l'absolu, réalisé un très bon score. Son parti conservateur aura plus de députés que les autres (319). Mais, en vérité, elle a tout perdu: le nombre de parlementaires tories baisse d'une quinzaine, elle n'a plus de majorité absolue et son maintien à la tête du gouvernement paraît désormais plus qu'improbable. À la mi-avril, la première ministre britannique avait, par surprise et avec un cynisme consommé, convoqué ces élections anticipées, convaincue d'écraser le Labour de Jeremy Corbyn et d'en sortir avec une majorité autrement plus confortable: elle espérait gagner une centaine de députés supplémentaires, de quoi lui permettre d'aller à Bruxelles imposer ses conditions pour la sortie de l'Union européenne (Brexit) et en profiter pour graver dans le marbre pour cinq années de plus sa politique d'austérité qui ravage les services publics, le système de santé et les droits sociaux.

À l'époque, selon la presse dominante, alimentée par les conservateurs et, bien souvent, par les hiérarques blairistes qui n'ont jamais accepté de voir une figure de l'aile gauche prendre la tête du Labour, elle devait ne faire qu'une bouchée du leader travailliste: dans les sondages, la gauche culminait à 24%, quand les tories flirtaient, eux, avec les 50%, et, selon l'humeur de ses détracteurs, Corbyn était présenté tantôt comme un doux rêveur végétarien pacifiste de l'ultra-gauche intello londonienne, coupé de la classe ouvrière, tantôt comme un danger public, adepte de Marx, tueur de l'économie et complice de tous les terroristes de la planète. En adoptant une ligne dure sur le Brexit, Theresa May savait également pouvoir compter sur un siphonnage en règle des voix qui s'étaient portées en 2015 sur l'Ukip, la formation xénophobe et ultra-libérale.

Une campagne coupée des aspirations citoyennes pour May

Pour les conservateurs, rien ne s'est passé comme prévu. May a fait une campagne désastreuse, centrée sur son prétendu côté "forte et stable" et, en fait, totalement coupée des aspirations des citoyens: elle a refusé de débattre avec ses adversaires - Jeremy Corbyn, en particulier - à la télévision, elle a promis d'autoriser de nouveau la chasse aux renards - une pratique aristocratique particulièrement impopulaire -, elle s'est mise à dos les retraités en promettant d'introduire une taxe dédiée pour financer la protection sociale des retraités, elle a fait la leçon à une infirmière réclamant la fin du gel de son salaire de misère en lui rétorquant, sur un ton détaché, que "l'argent ne pousse pas dans les arbres", au moment même où ses amis promettaient aux grandes fortunes qu'ils ne les attaqueraient jamais. En dehors de son raid sur l'Ukip qui a bel et bien lieu au profit des tories - son leader, Paul Nuttall, qui a remplacé Nigel Farage, perd son siège, laminé par son concurrent conservateur -, Theresa May a tout raté.

Ceci dit, c'est évidemment, à rebours, l'extraordinaire campagne de Jeremy Corbyn, systématiquement présenté depuis son élection à la tête du Labour en septembre 2015 comme n'ayant absolument aucune chance de mener le Labour à la victoire, qui joue dans ce séisme électoral. Même ses adversaires les plus acharnés - qui se préparaient déjà à tenter de le démettre pour la deuxième fois en deux ans - ont fini, au cours de la nuit, par lui reconnaître la qualité de leader incontesté: il faut dire qu'avec lui, le Labour porte son score à 40% (+10% par rapport à 2015 et +11% par rapport à 2010) et vient de remporter entre 30 et 35 sièges supplémentaires, portant le total autour de 260-265 députés.

Corbyn a réussi à mobiliser comme jamais la jeunesse britannique

Dans un électorat trahi par les travaillistes convertis au néolibéralisme (Tony Blair et Gordon Brown, en particulier), son programme anti-austérité et pro-justice sociale, intitulé "Pour le plus grand nombre, pas quelques-uns", a manifestement été plébiscité (voir ci-dessous) et a emporté une adhésion enthousiaste, comme en témoignaient les foules de milliers de sympathisants rassemblées lors de ces déplacements dans toute l'île. Il a redonné confiance aux acteurs des mouvements sociaux et des syndicats. Corbyn a surtout, et ça a beaucoup joué dans les conquêtes du parti travailliste, réussi à mobiliser comme jamais la jeunesse britannique: ce sont les jeunes qui, en bonne part, ont permis la hausse de la participation et d'après un sondage à la sortie des urnes, 63% des moins de 35 ans ont voté Labour (contre 27% pour les tories).

Lire : Le programme de Corbyn, une rupture en profondeur avec l’hégémonie néolibérale

"Il n'y avait jamais eu une participation aussi élevée tout au long de la campagne, lance Corbyn, juste après l'annonce officielle de sa réélection dans un fauteuil, et sans surprise là, à Islington-Nord, un quartier de Londres. Les conservateurs pensaient que le peuple leur était acquis, ils ont été sévèrement punis, ils voulaient un mandat clair et le peuple leur a répondu en leur faisant perdre des sièges. Theresa May n'a plus la confiance de personne, je pense qu'il est temps qu'elle parte. Nous sommes tous très fiers de ces résultats qui nous parviennent cette nuit. Tout change en politique ce soir. Les citoyens en ont plus qu'assez des politiques d'austérité, ils n'en peuvent plus des coupes dans les dépenses publiques, du sous-financement de notre système de santé, de nos écoles. Ils veulent donner la chance à laquelle les jeunes ont droit dans notre société."

Signe que le Labour, sous l'impulsion de Corbyn, fait mieux que résister au tsunami conservateur attendu, il l'emporte largement là où il devait être battu à plates coutures. Les exemples sont nombreux. C'est le cas à Canterbury, une ville du Kent tenue par les conservateurs depuis 1918, conquise ce jeudi par les travaillistes qui progressent de plus de 20% par rapport à 2015. Dans le Nord de l'Angleterre, dans le West Yorkshire précisément - terre de conquêtes multiples espérées par May (lire ci-dessous) -, les travaillistes conservent quasiment tous leurs sièges et en gagnent pas mal comme à Leeds Nord-Ouest. À Halifax, où le siège Labour tenu par Holly Lynch était très menacé - le total des voix des conservateurs et Ukip dépassait les 55% des voix en 2015 -, la jeune députée travailliste l'emporte avec plus de 5000 voix d'écart (contre à peine 400, il y a deux ans). Un vrai exploit collectif, comme pleins d'autres ailleurs.

Lire : Dans le nord de l’Angleterre, le Labour fait de nouveau rêver

Pour ce qui est des autres formations politiques, les nationalistes anti-austérité écossais du SNP, en situation de quasi monopole (ils avaient 56 sièges en 2015) perdent pas mal de plumes avec 35 parlementaires dans la future assemblée, mais restent la première formation en Ecosse. Leader du SNP, la première ministre écossaise a ouvert la porte à une coalition avec Jeremy Corbyn. Sévèrement sanctionnés en 2015 après leur alliance avec les tories de David Cameron, les centristes libéraux-démocrates, qui avaient concentrés leur campagne sur l'opposition au Brexit, gagnent une poignée de sièges, mais en perdent d'autres: ils auront 12 députés. La verte Caroline Lucas, assez proche des positions du Labour de Corbyn, réussit à conserver le seul siège de son parti à Brighton.

Au bout du compte, faute de majorité absolue des tories, ce sont les Nord-Irlandais qui, eux mêmes en situation de blocage institutionnel dans leur assemblée régionale, détiennent une des clefs pour les discussions des prochains jours à Westminster. Alors que les républicains du Sinn Fein emportent 7 sièges (+3, par rapport à 2015) qu'ils n'occuperont pas - partisans de l'unification de l'Irlande, ils boycottent Westminster -, la déclinaison locale des tories, les unionistes du DUP, farouchement pro-Brexit, disposera de 10 élus qui proposent leurs services aux conservateurs afin d'atteindre de justesse la majorité absolue.

Lire aussi :

La promenade de santé tourne au chemin de croix pour May

À gauche toute, le Labour de Corbyn revient dans la course

Thomas Lemahieu

Rubrique Monde

 

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