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Publié par Torreben

Lettre ouverte à Jean-Luc Mélenchon

Ainsi, M. Mélenchon, avec la France Insoumise, vous venez finalement d'inventer le parti unique de la révolution citoyenne !

Et vous faites donc fi (sic) des dynamiques locales, pourtant à l'origine du renouvellement politique. Je vous livre là mon histoire, et mon point de vue, partagé par beaucoup de ceux qui ont voté pour vous, ici à Grenoble, et qui sont déçus par cette prise de relai forcée.

Grenobloise d’adoption comme beaucoup sur cette terre composite, citoyenne engagée, la politique m’a toujours intéressée et je me suis toujours sentie concernée par la vie de la cité en m’engageant dans des combats à mon niveau. En 2012, vous m’avez réveillée ! A cette époque, je fuyais depuis longtemps les discours creux des politiques et ma situation personnelle m’obligeait à me recentrer sur l’essentiel. Mais vous aviez l’art de parler à l’intelligence des gens, d’avoir le verbe haut en lieu et place des mots valises convenus, de parler vrai, de choisir les mots justes pour porter une vision ambitieuse de la société. Je me suis donc ré-enthousiasmée pour la politique à ce moment-là. J’ai voté pour vous sans hésitation.

Élue conseillère départementale depuis deux ans, si je me suis engagée, c’est précisément pour la dynamique qui a porté une équipe renouvelée à la tête de la Ville de Grenoble. Encartés EELV, PG, Ensemble !, Nouvelle Donne et citoyens ont pu créer la surprise en étant unis. Je n’aurais pas accepté d’être candidate en 2015 autrement que dans ce type de configuration : c’est bien dans cette gauche variée et riche de ces particularités que je me reconnais car je déteste les logiques de partis.

Je vous ai parrainé cette année, convaincue que votre dynamique était la bonne et que vous étiez pour moi le candidat qui représentait le mieux ce en quoi je crois, là où doit être mis le curseur de l’urgence. J’ai donc logiquement voté pour vous, pour donner un signal clair d’une volonté de changer radicalement de paradigme. Au lendemain du premier tour des Présidentielles, je n’ai pas pris ombrage de votre absence de consigne de vote claire et j’ai pu même la défendre : après tout, les citoyens ont leur libre arbitre et ne vous appartiennent effectivement pas.

Cependant, sous couvert de ne pas décevoir la dynamique citoyenne nouvelle de la France Insoumise, vous avez depuis pris le monopole des circonscriptions, sans compromis, dans une logique de décision au contraire extrêmement verticale. Paradoxale attitude car vous avez finalement à ce moment-là décidé de manière unilatérale pour beaucoup d’électeurs de gauche, vos électeurs notamment.

Aujourd’hui, à quelques semaines du premier tour des législatives, j’observe donc, atterrée comme beaucoup, la division de la gauche partout, et je suis déçue. Déçue que vous ratiez ce tournant et que vous deveniez si intransigeant. Les efforts locaux pour trouver des candidats de rassemblement large sur les 3 circonscriptions grenobloises ont fait long feu, malgré des tentatives d’infléchir votre position, notamment sur la circonscription 3 où Michel Destot, député élu depuis 1988 et dinosaure d’un PS décomposé, se représente aussi, pour ajouter à la confusion.

Si certains rassemblements assurent la gauche d’être au second tour (parce que l’enjeu fondamental est là !), et peut-être de gagner un siège (je pense à François Ruffin dans la Somme ou à Isabelle Attard dans le Calvados), ailleurs, vous investissez des candidats FI à tour de bras. Que vous le fassiez sur des territoires où le score des Présidentielles est prometteur et où aucune dynamique associant société civile impliquée et forces de gauche n’était en place, soit ! Mais que vous placiez des candidats en dépit d’une histoire locale propice à un rassemblement large, patiemment tissé, qui mérite encore consolidation, là, je ne vous suis plus : quand bien même vous gagneriez, ici à Grenoble, c’est perdre plus qu’ailleurs et nous n’oublierons pas.

Car il me faut là poser le problème dans notre contexte grenoblois, si atypique : avec plus de 40% de votes pour vous (30%) ou Hamon (10%), vous nous ouvrez malgré tout un boulevard pour des député.es En Marche, ou pire... Vous ne nous donnez aucune possibilité de porter des candidats qui nous ressemblent et cela me met en colère. Le choix que vous me laissez est en plus celui que je ne souhaite plus faire : choisir entre des chapelles, FI, PS hamonistes ou écolos, dont le projet et les visions de la société sont convergents.

Dans votre stratégie, vous avez également oublié que voter Mélenchon aux présidentielles, c’est instaurer un rapport de force salutaire dans ce moment crucial, alors que maintenant, voter aux législatives signifie penser convergence des luttes et rassemblement, carte que vous ne jouez pas. Sachant cela, des insoumises comme moi peuvent avoir envie de choisir pour des candidats qui portent des valeurs de gauche, mais qui font effort de fédérer, pour préparer une opposition constructive à l’Assemblée.

Je me situe finalement de ceux-là, car la conséquence de votre jeu, ce seront des groupes dissociés qui se formeront et cela ne sert, ni les intérêts des citoyens de la gauche et de sa reconstruction en vue des prochaines échéances, ni cette histoire de faire de la politique autrement, puisque vous nous la jouez plus que perso à présent.

Si aujourd’hui, j’en viens à cette conclusion, c’est qu’à force d'être interpellée et d'en parler autour de moi, qu'il s'agisse d'amis, de connaissances, de militants ou de simples quidam, je vois que je ne suis pas la seule à être dans ce dilemme cornélien et je voulais partager mon point de vue avec vous. Je suis déçue parce qu’au final, j’aurais aimé que vous sortiez gagnant de cet épisode : être celui qui, de la Vème République, aurait amené les forces de la gauche solidaire, citoyenne et écologique et de la société civile à rebâtir un espace politique fort. Au lieu de cela, peut-être allons-nous avoir le plus bas score de la gauche de toute la Vème République et, à titre personnel, vous avez définitivement entamé les espoirs que je pouvais avoir en vous de mener cette belle recomposition politique.

Et vous ne m'y reprendrez plus.

Véronique Vermorel (https://blogs.mediapart.fr/vvermorel/blog/010617/lettre-ouverte-jean-luc-melenchon)

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