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Publié par Torreben

Donald Trump fait le choix de la confrontation avec Cuba

Le président des États-Unis a annoncé des mesures visant à affaiblir le secteur touristique cubain en plein essor. Il remet en question le réchauffement des relations entre La Havane et Washington initié par Barack Obama et Raul Castro.

Pour Donald Trump, en politique, qu'elle soit intérieure ou internationale, on conclut des « deals », des contrats tels que s'en passent les entreprises entre elles. Et c'est sur le deal conclu entre son prédécesseur à la Maison-Blanche, Barack Obama, et le président cubain, Raul Castro, que le président des États-Unis entend revenir. Il en a fait l'annonce vendredi, dans le quartier Little Havana à Miami, lieu d'accueil des émigrés cubains anticastristes. Et c'est plus précisément au théâtre Manuel Artime, intitulé au nom du leader des combattants de la baie des Cochons auquel il a rendu hommage, qu'il a déclaré : « J'annule le deal complètement inégal de la dernière administration avec Cuba. »

Le président cherche à donner des gages à l'aile dure des républicains

Pour justifier ce retour en arrière sur ce qui était l'une des réussites de la présidence Obama, le réchauffement des relations avec Cuba, Donald Trump argue du non-respect des droits de l'homme. Cela ne l'a pas empêché de recevoir le président égyptien, Abdel Fattah Al-Sissi, en mars, ou de se rendre en Arabie saoudite en mai.

En réalité, à l'heure où son administration est affaiblie par les auditions sur les liens de ses proches avec Moscou, le président des États-Unis cherche à donner des gages à l'aile dure des républicains. Pour ces derniers, l'anticommunisme viscéral et la question cubaine sont identitaires. Il n'est pas anodin qu'il ait salué, vendredi, deux dirigeants du Parti républicain issus de cette Floride anticastriste, le sénateur Marco Rubio et le membre du Congrès Mario DiazBalart. En effet, Donald Trump est engagé dans toute une série de réformes, dont celle du secteur de la santé que certains élus du camp conservateur hésitent à soutenir pour des raisons électoralistes. Les deux élus auraient, selon le New York Times, marchandé un autre deal : leur soutien au remplacement de l'Obamacare par le Trumpcare, bien moins protecteur, par un renforcement des mesures contre Cuba.

Pour autant, Donald Trump n'a pas choisi de faire marche arrière toute. Les relations diplomatiques, rétablies le 17 décembre 2014, ne sont pas rompues.

La représentation des États-Unis à La Havane reste ouverte, même si elle continue d'attendre la nomination d'un ambassadeur. De même, il ne revient pas sur la décision de Barack Obama d'en finir avec la politique dite de « pieds secs, pieds mouillés », qui permettait à tout Cubain arrivant sur le territoire des États-Unis d'y rester.

Le gouvernement cubain a déploré «une rhétorique hostile qui rappelle les temps de la confrontation ouverte».

Le chef d'État choisit, en revanche, de rétablir les sanctions économiques, renouant avec la politique de blocus initiée en 1962, en ciblant particulièrement le secteur touristique, l'une des principales ressources en devises de la Grande Île.

Selon lui, les assouplissements au blocus – illégal sur le plan du droit international – « n'aident pas les Cubains, ils ne font qu'enrichir le régime ». Il restreint donc les conditions qui permettaient aux touristes états-uniens de se rendre à Cuba. Or, de janvier à mai de cette année, 300 000 Américains ont visité l'île caribéenne, soit une progression de 145 % par rapport à l'année précédente.

Et il met en place des sanctions contre les entreprises qui travaillent avec certaines compagnies cubaines, notamment Gaesa, qui gère une cinquantaine d'entreprises.

Cela ne sera pas sans lui poser de soucis sur le front intérieur, où les enquêtes d'opinion indiquent que 75 % des États-Uniens souhaitent un apaisement des relations avec Cuba. En outre, certaines firmes américaines ont déjà procédé à des investissements. C'est le cas de compagnies aériennes et hôtelières. « Nous appelons l'administration Trump à utiliser le tourisme comme outil stratégique dans ses efforts pour améliorer les relations avec Cuba (...) plutôt que de revenir à des politiques du passé», a ainsi réagi Arne Sorenson, président de Marriott International.

Le gouvernement cubain a déploré « une rhétorique hostile qui rappelle les temps de la confrontation ouverte ». Le président Raul Castro a, lui, averti que « toute stratégie visant à changer le système politique, économique et social à Cuba, que ce soit à travers des pressions (...) ou en employant des méthodes plus subtiles, sera condamnée à l'échec ».

Gaël de Santis (Journal L’Humanité)

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