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Publié par Torreben

Présidentielle : éléments d’information...

La théorie du choc

Jack Dion (Marianne n°1046)

Il faut toujours écouter Denis Kessler, PDG de Scor. En effet, l'ex-numéro deux du Medef a l'art de dire tout haut ce que pensent tout bas les ultras du patronat.

Interrogé par le Figaro, celui qui fut maoïste en son jeune temps prône un « traitement de choc » et un « grand rééquilibrage public-privé » afin de mettre le premier nommé au service exclusif du second. Il précise : « C'est tout le système social qu'il faut réinventer. » Pour comprendre la formule, il faut se souvenir que Denis Kessler avait déjà affirmé la nécessité d'en finir une bonne fois pour toutes avec l'esprit du Conseil national de la Résistance, vu qu'à ses yeux le général de Gaulle fut un dangereux provocateur. Dans la foulée, le PDG propose de « réenchanter l'Europe » (vaste programme). Il désigne d'un doigt accusateur « certains candidats » suspectés de dénoncer ces valeurs sûres que sont « l'Europe, l'Allemagne, la monnaie unique, la mondialisation, la finance, le libre-échange, les grandes entreprises ». Avec ce programme digne d'une grande marche idéologique, même François Fillon apparaît timoré. Quant à Emmanuel Macron, l'autre idole de l'élite du business, il passe carrément pour un Bisounours.

Grâce à Denis Kessler, on vérifie que les adeptes d'un virage à la Thatcher n'ont pas désarmé. Ils entendent bien profiter de la présidentielle pour arriver à leurs fins, quitte à jouer la carte de la surenchère permanente.

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Vertus de l'emploi public

Pierre Ivorra (L’Humanité du 19 avril 2017)

L'emploi public est dans le collimateur de François Fillon et d'Emmanuel Macron. L'un envisage de supprimer 500 000 postes, l'autre 120 000. Marine Le Pen, comme à son habitude, avance masquée. Elle propose de simplifier la structure administrative française et l'on peut craindre que ce soit l'occasion choisie pour tailler dans les effectifs, d'autant que le programme du Front national entend contraindre les collectivités territoriales à présenter aux préfets des départements « un plan impératif de réduction ou de stabilisation de leurs effectifs ».

Tous nos libéraux déclarés ou dissimulés chantent à l'unisson qu'il y aurait trop de dépenses et d'emplois publics, et ils chantent faux. Contrairement à ce qu'ils affirment, la France n'est pas confite dans la bureaucratie administrative même si le public gagnerait à être transformé, rendu plus social, plus efficace, débarrassé de la chape de plomb de la rentabilité financière, et plus ouvert à l'intervention citoyenne. Selon les données de l'OCDE, l'organisation regroupant les pays capitalistes les plus développés, l'emploi dans le secteur public français représente en pourcentage 19,8 % de l'emploi total et il est légèrement en dessous de la moyenne (21,3 %). Il est évidemment inférieur à ceux des pays scandinaves, mais aussi à ceux du Luxembourg (26,1 %), de la Pologne (25,2 %), de l'Irlande (24,7 %) et même de la Grande-Bretagne (23,5 %). Pour Eurostat, l'organisme statistique européen, la part de l'emploi dans l'administration publique, la défense, l'éducation, la santé humaine et l'action sociale – soit essentiellement des emplois publics et aussi des emplois associatifs ou privés – est pour la France légèrement supérieure à celle de l'Allemagne et du Royaume-Uni : 29,5 % contre respectivement 24,4 % et 25,1 %.

Dans la crise que le capitalisme traverse, les services publics ne sont pas le problème mais en grande partie la solution.

Au-delà de ces données, il serait ridicule de se défendre de bénéficier d'emplois publics. Si la France a moins souffert de la récession qui a suivi la crise financière de 2008, c'est grâce à l'importance de son secteur public. Si les groupes pharmaceutiques sont moins perturbés par les cycles économiques que d'autres, c'est parce qu'ils s'appuient sur une dépense publique et sociale qui résiste aux aléas de la conjoncture. Dans la crise que le capitalisme traverse, les services publics ne sont pas le problème mais en grande partie la solution. Cela pour une raison : réformés, ils sont les seuls à pouvoir satisfaire les besoins nés de la révolution technologique en cours et qui placent au-devant de la scène le développement humain et écologique plutôt que celui de la finance.

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