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Publié par Torreben

Raison et comparaison

 

Editorial de Maurice Ulrich (L’Humanité du 22 mars 2017)

On disait jadis « riche comme Rockefeller ». Le dernier rejeton de la puissante dynastie américaine est mort lundi et était devenu un gagne-petit. Le magazine Forbes, qui publie chaque année le classement des premières fortunes mondiales, ne lui attribuait plus que 3,3 milliards de dollars, à comparer au premier de la classe (possédante), Bill Gates, avec ses 86 milliards, et douze fois moins que notre champion (multi)national, Bernard Arnault, avec 41,5 milliards de dollars, à la 11e place mondiale.

L'ironie tourne court devant de tels chiffres, obscènes, absurdes et scandaleux. Qui peut imaginer ou prétendre que de telles fortunes sont le salaire du talent, du travail et des heures supplémentaires ? Ces chiffres sont un affront fait au monde, une spoliation de la richesse publique et l'expression la plus brutale qui soit du capitalisme, quand bien même certains se donnent bonne conscience dans l'humanitaire.

En réalité, ils se pensent les maîtres du monde et se donnent les moyens de l'être. Parmi les 39 milliardaires français, Bernard Arnault est le propriétaire des Échos, Serge Dassault celui du Figaro, Patrick Drahi celui de l'Express, de l'Expansion, de Libération. Croit-on que c'est par un pur amour de la presse ?

Qui parle dans cette campagne de ce pouvoir insensé de l'argent ? D'une manière presque cocasse, à ce propos, c'est justement le directeur de Libération, Laurent Joffrin, qui portait hier ce jugement sur le débat de lundi soir : « Mélenchon a été plus habile. Il choquait, il a fait rire. Un point de marqué. Reste à croire à ses propositions, dispendieuses en diable. »

Ah oui, cent milliards d'euros d'investissements. C'est à peu de chose près ce que représentent à elles seules les cinq premières fortunes françaises avec au mieux un taux d'imposition de 45 % largement contourné par l'évasion fiscale. En 1935 aux États-Unis, Roosevelt avait instauré un taux de 79 % au-dessus de l'équivalent de 85 millions d'aujourd'hui. À l'époque, le seul contribuable qui dut payer à ce niveau était John Rockefeller, le grand-père.

Absurde, obscène, scandaleux...

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