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Publié par Torreben

L'accord de libre-échange entre l'UE et le Canada, appelé Ceta a été ratifié mercredi 15 février par le Parlement européen. Cet accord controversé, qui vise à faire disparaître les tarifs douaniers sur la quasi totalité des marchandises entre le Canada et l'Europe et prévoit une « coopération » en matière sociale, sanitaire et environnementale a été adopté par 408 voix contre 254 et 33 abstentions.

 

Ma galère au Canada

Le Canada, ce n'est pas la porte à côté. Plus de 5 000 km. Plus de sept heures en avion, plus de huit jours en cargo. Beaucoup de pétrole, pour aller entre ici et là-bas. Un simple détail, non ? La preuve : les signataires du Ceta sont très contents. Après pas moins de treize années de négociations, les eurodéputés l'ont ratifié, mercredi 15, à une large majorité.

Promis : cet accord historique entre l'Europe et le Canada va doper nos échanges commerciaux. L'Europe absorbe aujourd'hui 8 % des exportations du Canada, dont le principal client est, on s'en doute, son voisin états-unien (à 75 %). Mais le Canada veut exporter plus, beaucoup plus, et notamment ses fameuses spécialités : ses gaz de schiste extraits à grand renfort de pollution des sables bitumineux, son blé, ses machines, son textile, douze fois plus de bagnoles, onze fois plus de bœufs et treize fois plus de cochons produits dans ses fermes-usines, etc. L'Europe, c'est 500 millions de consommateurs : un rêve !

L'Europe, de son côté, veut exporter là-bas des cosmétiques, du roquefort, des médicaments, des machines agricoles, des services bancaires, etc. Promis : en abaissant les droits de douane, le nouvel accord va nous permettre de leur fourguer 25 % de marchandises en plus ! Plus on libre-échange, plus on s'enrichit, non ? Halte au protectionnisme, vive le partenariat ! Et que règne la prospérité générale !

Mais voilà : des emmerdeurs continuent de s'opposer au Ceta. Les écolos. Les communistes. Les mélenchonistes. La moitié des socialistes. L'extrême droite cocardière. Et même Macron, pour qui le Ceta est le « dernier traité d'un vieux monde vieillissant ». Ils n'ont pas dit leur dernier mot : si le Ceta entre en vigueur ce 1" mars, c'est de manière provisoire, car il doit encore être ratifié par les 38 Parlements nationaux et régionaux concernés en Europe. La Wallonie n'a-t-elle pas déjà bloqué le processus à elle seule, cet automne, pendant une quinzaine de jours ? Ça va durer des mois, des années, promettent-ils.

Leurs arguments ? Tout comme l'était le Tafta avec les Etats-Unis (apparemment mort-né), le Ceta est avant tout un instrument qui paraît taillé sur mesure pour les multinationales. Il va servir de cheval de Troie aux 40 000 entreprises américaines qui ont des filiales au Canada. Il s'attaquera aux services publics comme ceux de l'eau ou de la santé. Les tribunaux d'arbitrage privés leur permettront de poursuivre les Etats sous prétexte que les normes sanitaires, sociales et environnementales interdisent l'accès du marché européen à leurs produits. Certes, le bœuf aux hormones, le poulet au chlore et les OGM canadiens restent interdits en Europe, mais leurs lobbys n'ont pas renoncé à forcer le barrage. Deux économistes américains ont calculé que le Ceta détruirait 200 000 emplois en Europe.. Bref, pour la liste complète des critiques, voir les travaux du collectif Stop Tafta-Ceta.

Une chose est sûre, en tout cas : on voit mal comment faire venir ici des cargos pleins de bœufs et de cochons canadiens pourrait « constituer un levier pour dynamiser la lutte contre le changement climatique », comme l'affirme notre impayable Ségolène...

Jean-Luc Porquet (Le Canard Enchaîné - 22 février 2017)

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