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Publié par Torreben

De quelle langue parle-t-on ?

Tribune collective

Prenant la parole à Berlin dans le cadre de la présidentielle française, Emmanuel Macron a prononcé son discours en anglais « pour être compris de tous » (sic). Le 11 janvier, s'exprimant sur France Info dans l'émission de Jean-Michel Aphatie, Pierre Gattaz a salué ce reniement macronien de la langue française en expliquant que l'avenir de la francophonie passe par l'anglais, « langue universelle des affaires » : une assertion à la fois fausse et hors sujet, sauf à réduire l'activité à venir d'un futur chef d'État à une forme d'affairisme international. Le patron des patrons a même précisé que les jeunes Français devaient apprendre à « lire, écrire, compter » en anglais, même s'il a ajouté, pour adoucir l'énormité du propos, qu'ils devaient aussi maîtriser le français (on respire !). M. Gattaz a aussi expliqué que pour « gagner », la France devait accepter les délocalisations, limiter les droits sociaux qui freinent, selon lui, les entreprises. Mais cette prétendue « France qui gagne » serait-elle autre chose, une fois privée de sa langue et de ses acquis sociaux, qu'un « couteau sans manche dont on a perdu la lame » ?

LE FRANÇAIS EST LA CINQUIÈME LANGUE LA PLUS PARLÉE AU MONDE AVEC 274 MILLIONS DE LOCUTEURS (UNE PERSONNE SUR 26).

Il apparaît qu'une part croissante de nos « élites » (?) est déterminée à liquider notre langue au niveau international comme au niveau national, quitte à violer la Constitution qui dispose que « la langue de la République est le français ».

Déjà l'ex-président du Medef, Ernest-Antoine Seillière, avait déclaré, en 2004, qu'il n'officierait plus, en tant que nouveau patron de BusinessEurope, qu'« en anglais, la langue de l'entreprise et des affaires ». Déjà M. Kouchner, ministre des Affaires étrangères de Sarkozy, affirmait cyniquement que « l'avenir de la francophonie passe par l'anglais » (sic). Déjà, Mme Fioraso, ministre de Hollande, a fait de l'anglais une langue universitaire en France au mépris de la loi Toubon qui institue notre langue en « langue de l'enseignement ». Déjà Renault ou PSA basculent toute leur documentation à l'anglais en France même, sans parler de la grande distribution qui privilégie l'anglais (Carrefour City, etc.) et des services publics et des ex-services publics (SNCF, Orange...) qui affichent trop souvent leur publicité et leurs enseignes en franglish, ni de la France qui chante en anglais à l'Eurovision, des films tournés en anglais en France grâce à des subventions d'État, des émissions intitulées en anglais sur des chaînes publiques, etc.

Manifestement, l'aile marchante de l'oligarchie politico-financière française a décidé de franchir un seuil décisif dans l'assassinat de la langue nationale, qui est aussi la langue officielle ou co-officielle de dizaines de pays : après la loi du silence qui, depuis des années, interdit de fait aux grands médias de mettre en débat le basculement linguistique en cours, voici que certains milieux – dont MM. Macron et Gattaz sont l'avant-garde – préparent l'arrachage officiel, quitte à tenir à l'égard du français d'hypocrites propos élogieux en forme de soins palliatifs... C'est donc le moment pour les amis du français et de la francophonie d'interpeller les candidats aux prochaines élections, présidentielle et législatives : – oui ou non, condamnez-vous l'attitude anti-francophone caractérisée de M. Macron et de ses « hampers » (ainsi se nomment ses partisans) ? – oui ou non, ferez-vous enfin respecter et renforcerez-vous la loi Toubon, y compris en sanctionnant les « collabos de la pub et du fric » (dixit Michel Serres) qui ne recourent au français dans leur com que pour mieux le polluer et introduire le globish business ?

La résistance et le civisme linguistiques sont décisifs pour sauver notre langue, premier service public de France et socle du lien social, imposer le respect dû à tous les francophones de France, sauvegarder l'égalité entre les citoyens français, préserver la diversité des langues, qui n'importe pas moins à la culture mondiale que la diversité des espèces importe aux défenseurs de la nature.

Du reste, Macron n'a pas seulement piétiné le français en parlant anglais à Berlin, il a aussi humilié les germanophones, qui ne parlent pas tous la langue du business macronien ! Il est vrai que, outre-Rhin aussi, la trahison linguistique sévit à l'initiative du haut patronat : Volkswagen ne vient-il pas de passer sa communication d'entreprise à l'anglais au mépris des ouvriers et des clients allemands ? Assez de ce totalitarisme linguistique, d'autant plus ridicule que la Grande-Bretagne veut quitter l'UE, si bien que, légalement, l'anglais ne peut plus être langue officieuse, et encore moins officielle, des institutions européennes ! Macron se donne des airs de transgresseur en humiliant sa langue maternelle. Mais rien n'est plus conformiste que cette allégeance au tout-anglais, synonyme de soumission à l'Empire néolibéral anglo-saxon.

Pour sauver la diversité linguistique menacée par le tout-anglais cher à la finance, ensemble, reprenons langue !

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