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Publié par glazik-plomeur

Il arrive que je tombe en arrêt devant un billet, dans la presse régionale, en l'occurence aujourd'hui et pour le deuxième semaine consécutive, la chronique d'Hervé Hamon dans le Télégramme.( http://www.letelegramme.fr/france/vive-le-peuple-04-12-2016-11317300.php#1xkKBU3yUUphlZib.99 )

A l'heure des montées du populisme en Europe, il m'a paru important de porter à votre connaissance cet écrit, rare aujourd'hui...

R.D.

 

Courant d'ère. Vive le peuple
 

Par Hervé Hamon (publié dans le Télégramme du Dimanche 4 décembre 2016)

La destinée des mots, parfois, nous déconcerte, nous étourdit. Ainsi les mots « peuple » et « populisme », tels qu'on les emploie aujourd'hui. En 1927, Louis Guilloux publia « La maison du peuple » pour rendre hommage aux ouvriers de Saint-Brieuc qui, contre la vindicte bourgeoise, avaient bâti un foyer de lutte et d'éducation. Le même, en 1942, reçut le prix « populiste » pour « Le pain des rêves ». Je me rappelle m'en être entretenu avec lui, à la fin de sa vie. Populiste, disait-il, ça me va bien si cela évoque le monde dont je suis issu, mais je n'ai nul besoin d'aller vers lui à la manière des populistes russes qui souhaitaient arracher les moujiks à leur ignorance. Moi, j'ai ça dans les veines, point final. Aujourd'hui, l'épithète a basculé. Il ne s'agit plus d'aimer les petits mais de s'appuyer sur eux, sur leurs frustrations, sur leurs émotions, leurs rages et leurs peurs, pour disqualifier les corps intermédiaires et la caste des dirigeants. À cela, deux explications.

 

D'abord, l'écart, la faille, entre une poignée de riches qui deviennent plus riches et la masse des pauvres qui s'enfoncent ou craignent l'enfoncement, ne cesse de croître, jusqu'au vertige. Ensuite, les politiciens, malgré les élections, se comportent plus en professionnels qu'en mandataires. Ils s'accrochent ou tentent de s'accrocher, et conçoivent la vie publique comme une carrière. Alors les démagogues de tout poil se targuent d'être les vrais représentants du peuple aux abois, d'incarner sa colère contre « le système ». Et ce processus est d'autant plus aigu que « ceux d'en haut » disent et redisent qu'on n'a pas le choix, qu'il n'est aucune alternative, que la pente de leur action est mono-directionnelle, que la dette, c'est la dette, que l'austérité, c'est l'austérité, que le monde, c'est le monde, et autres fatalités. Ils ont oublié la maxime de Machiavel : contenter le peuple et ménager les grands. Le deuxième terme, ils l'appliquent, ô combien. Mais le contentement du peuple passe à l'as et les populistes rappliquent avec leur miroir aux alouettes. J'aimerais, moi, qu'on déleste le peuple de ces mirages, qu'on lui rende sa noblesse et son rôle. Quand La Bruyère ou Victor Hugo déclaraient « Je suis peuple », ils étaient aux antipodes du « populisme » de maintenant. La démocratie, par essence, est participative. Ou n'est que faux semblant.

 

 

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