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Publié par glazik-plomeur

 


 

Deux faits rendus publics cette semaine par la presse régionale et concernant le centre hospitalier de Quimper-Concarneau dans le Finistère témoignent des dangereuses dérives que subit notre système de santé du fait des politiques d'austérité et de la déshumanisation qui s'en suit.

Chacune de ces deux informations est en elle-même une dénonciation de cette société où l'humain cède le pas devant les exigences de rentabilité, et leur juxtaposition fait sens.

La première est le témoignage d'une Brestoise de 83 ans.

Venue fin octobre à Quimper rendre visite à sa sœur, pensionnaire d'une résidence pour personnes âgées, elle est prise d'un malaise et se retrouve aux urgences de l'hôpital quimpérois. Après avoir été examinée vers 16h par une interne et subi des examens, elle reste 6h sur un brancard sans qu'il lui soit proposé à boire ou à manger, pas même un verre d'eau, ni de donner un coup de téléphone. Et il est près de 23h quand l'interne lui explique qu'elle n'a plus besoin de soins et l'invite donc à quitter l'hôpital.

Sans doute pour rentrer chez elle en pleine nuit à 80 km de là ?

Cette octogénaire, « hébétée » , a pu finalement appeler un taxi pour gagner la maison de retraite de sa sœur où on lui a fourni une chambre pour la nuit.

Lucide, elle dénonce la déshumanisation à laquelle elle a été confrontée et souhaite alerter l'opinion pour « qu'on ne laisse pas les hôpitaux devenir complètement impersonnels » mais ne veut pas accabler le service des urgences, ayant pu constater combien il est surchargé. Elle ajoute qu'elle plaint les médecins et les personnes qui y travaillent.

Il y a quelques mois les salariés des urgences de Brest étaient en lutte pour obtenir plus de moyens. En septembre, la totalité des médecins urgentistes de l'hôpital de Quimper se sont à leur tour mis en grève. Les menaces sur les urgences de Carhaix, le refus de rouvrir les urgences de nuit à Concarneau, ont aussi mobilisé ces dernières semaines salariés et usagers.

À force de suppressions ici, de concentrations ailleurs, les services d'urgences fonctionnent à flux tendu, la démographie médicale s'ajoutant aux politiques d'austérité pour rendre la situation encore plus critique.

Le dévouement des soignants, eux-mêmes en grande souffrance au travail, ne peut compenser le manque criant de moyens et de personnel dans les hôpitaux comme dans les EHPAD.

Cela peut aller jusqu'à ce qu'il faut bien qualifier de maltraitance, à l'égard des patients comme des soignants.


 

Deux jours plus tard, une autre information, tout aussi choquante, apportait un éclairage complémentaire à ce triste fait divers.

On apprenait en effet que la cour administrative d'appel de Nantes a rétabli l'amende de 82 000 € infligée à l'hôpital quimpérois, et qu'avait précédemment annulée le tribunal administratif de Rennes.

Cette sanction repose sur une inspection diligentée en 2009 par l'ARS (Agence Régionale de Santé) de Bretagne qui reprochait à l'hôpital de Quimper des « anomalies » dans l'application de la tarification à l'activité (T2A) et notamment « des séjours injustifiés ».

Traduire que l'on punit le centre hospitalier pour avoir hospitalisé ou gardé trop longtemps à l'hôpital des patients sans raison médicale suffisante...selon l'ARS !

Le gendarme de la santé qu'est l'ARS exerce une forte pression pour réduire le coût et donc la durée des séjours hospitaliers, au prix parfois de la nécessité de réhospitaliser un patient trop tôt sorti, et sans tenir compte des réalités humaines : personnes âgées, isolées, en fragilité sociale.

On peut juger des conséquences que peut avoir une telle pression dans un département comme le Finistère particulièrement concerné par le vieillissement et où les indicateurs de santé ne sont pas bons.

La tarification à l'activité qui consiste à financer les hôpitaux non selon les besoins de santé mais selon l'activité, a été créée en 2004 avec un objectif clair : réduire les dépenses publiques de santé et franchir un pas de plus vers sa marchandisation.

Cette tarification a fortement contribué à mettre en difficulté les hôpitaux publics, à réduire la prise en charge des besoins de santé, et elle a provoqué des dysfonctionnements absurdes dans l'organisation des soins.

Avec la loi Bachelot-Sarkozy qui a installé les ARS, la loi Touraine-Hollande qui a renforcé leurs pouvoirs et leur caractère autoritaire, et créé les Groupements Hospitaliers de Territoire (GHT), c'est une véritable machine de guerre contre le droit à la santé qui a été mise en place.

Et la droite nous promet pire encore.

Le pacte d'engagements communs que le parti communiste met en débat dans la population, propose de tourner le dos à ces orientations régressives avec entre autres l'abrogation des lois Bachelot et Touraine, et donc la suppression des ARS, un moratoire sur les fermetures et démantèlements d'hôpitaux, et la suppression de la tarification à l'activité qui s'inscrit dans un plan de financement de l'hôpital public à la hauteur des besoins.

Yvonne Rainero

membre de la commission nationale santé-protection sociale du PCF

Quimper, le 27 novembre 2016


 


 


 

 

 

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