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Publié par Torreben

L'emploi territorial sacrifié par l'austérité

Une étude indique que près de la moitié des communes prévoient de réduire le nombre de fonctionnaires.

Chiffres chocs. Pas loin d'une collectivité locale sur deux, 44 % pour être précis, dit prévoir de réduire les effectifs des fonctionnaires territoriaux l'an prochain, en raison de la baisse des dotations aux collectivités. Cette situation a été révélée hier par une étude du groupe Randstad (1), spécialiste du marché des ressources humaines. Les auteurs de l'étude indiquent que, depuis la publication de leur premier baromètre sur l'emploi public en 2012, « jamais la proportion de collectivités anticipant un recul de leurs effectifs n'avait été aussi importante ».

Plus largement, 90 % des communes interrogées par Randstad estiment que, d'une façon ou d'une autre, la diminution cumulée des baisses de la dotation globale de fonctionnement (DGF), qui doit atteindre un minimum de 28 milliards d'euros d'ici à 2017, va affecter leur gestion des ressources humaines et donc réduire les recrutements, avec des conséquences lourdes sur la courbe du chômage mais aussi sur la qualité des prestations mises à la disposition des usagers. La même étude souligne que 60 % des collectivités ont déjà réduit leurs charges de fonctionnement en 2016, et 30 % annoncent prévoir de le faire d'ici à la fin de l'année.

62 % DES COMMUNES DE PLUS DE 50 000 HABITANTS DISENT QUE LEUR CLIMAT SOCIAL SE DÉGRADE (+ 23 POINTS). ELLES SONT LES PLUS TOUCHÉES.

Cela répond au vœu de la Cour des comptes, qui, la semaine dernière encore, appelait les villes à « mieux maîtriser » leurs effectifs. La même analyse de la Cour s'évertuait aussi à démontrer que la situation des collectivités n'était pas aussi catastrophique puisque, selon ses magistrats, la totalité des transferts financiers n'aurait reculé que de 628 millions d'euros. Et les « sages » de la rue Cambon n'hésitaient pas à souligner que « les efforts de gestion des collectivités ont commencé à produire des résultats perceptibles ».

Une position qui n'a rassuré en rien les élus. Pas plus que les personnels. La diminution de moitié de la réduction de la DGF pour 2017 concernant les communes, annoncée par François Hollande devant le congrès des maires en juin dernier, n'a pas été suffisante non plus pour modifier la donne.

Randstad note ainsi que 52 % des communes constatent une dégradation du climat social. Et l'étude précise que les réformes territoriales comme les incertitudes budgétaires nourrissent cette morosité grandissante. D'autant plus, comme le souligne encore Aline Crépin, directrice du pôle public pour le groupe Randstad, que « l'investissement n'est donc clairement plus la seule variable d'ajustement ». Et c'est donc bien tout le service public qui est dans l'œil du cyclone.

(1) Fondé en 1960 aux Pays-Bas, le groupe, désormais au 10e rang mondial dans l'intérim et les ressources humaines, opère désormais dans 40 pays.

L'EMPLOI PUBLIC DIRECTEMENT VISÉ

À la fin 2014, l'emploi dans la fonction publique territoriale totalisait 1,878 million d'agents, et il avait progressé de 0,8 % par rapport à 2013, selon les chiffres de l'Insee, mais il était en régression sur les années passées avec 1,98 million de personnes. Il apparaît que, face aux contraintes budgétaires, 62 % des collectivités choisissent de ne pas remplacer tout ou partie des départs à la retraite et 22 % procèdent au non-renouvellement des missions de contractuels. Quant au salaire moyen dans la fonction publique territoriale, il n'a augmenté que de 0,8 % entre 2013 et 2014, mais hier matin, dans les Échos, Annick Girardin, ministre de la Fonction publique, a préféré stigmatiser « certains (qui) ont pris des libertés en donnant par exemple des jours de congé supplémentaires pour compenser le gel du point ». Comme quoi, l'austérité est toujours fortement au menu.

Gérald Rossi (Journal L’Humanité du 18 octobre 2016)

L'emploi territorial sacrifié par l'austérité

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