Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Torreben

Ecole : la crise sur le ghetto...

« Le système éducatif français met désormais en péril (...) la croissance économique future ainsi que sa cohésion nationale et sociale... » Les oreilles de Najat Vallaud-Belkacem et celles de nombre de ses prédécesseurs ont dû siffler, à la lecture de ce réquisitoire tiré du dernier rapport du Conseil national d'évaluation du système scolaire (Cnesco).

Selon cette étude, l'école « amplifie les inégalités sociales et migratoires », principalement à cause de l'échec de la politique d'éducation prioritaire, qui concerne un cinquième des écoliers et des collégiens. Depuis 2000, les inégalités entre élèves favorisés et défavorisés n'ont cessé de croître.

Les plus graves lacunes sont connues : effectifs en ZEP pas assez réduits, temps d'apprentissage plus court qu'ailleurs, insuffisance du suivi des élèves, inexpérience des maîtres. Les chercheurs mettent carrément en cause le principe même d'une concentration des élèves défavorisés, qui tourne, selon eux, à la « ségrégation » et aux «ghettos » scolaires. Exemple ? « Un enfant d'ouvrier en ZEP obtient des résultats inférieurs à ceux d'un enfant d'ouvrier hors ZEP. »

Le scolaire de la peur

Résultat, l'absentéisme au sein de ces zones fait des ravages côté élèves, mais aussi côté profs : ils étaient 70 % à vouloir quitter l'éducation prioritaire en 2016 (90 % en 2015). Et pas question de compter sur des pédagogies adaptées ou sur la formation continue : elles sont inexistantes !

Tout au long du rapport, les critiques adressées aux responsables politiques sont cinglantes. Pointés du doigt : l'empilement en un millefeuille incohérent des systèmes d'aide personnalisée aux enfants, l'absence de toute référence à la mixité sociale dans les politiques scolaires ou encore les contradictions budgétaires. Les « fonds sociaux » soutenant les élèves les plus défavorisés ont fondu de moitié, pour tomber à 35 millions. Alors que les aides fiscales pour les cours particuliers (dispensés surtout aux plus aisés) avoisinent les 300 millions...

Si la décennie 2002-2012 (Chirac 2, Sarkozy) est la plus critiquée, le quinquennat actuel n'est pas épargné : il « a été marqué par quelques orientations politiques potentiellement efficaces pour combattre les inégalités sociales à l'école. Mais un faible souci pour leur mise en œuvre, (...) marqué par une vision enchantée d'une action publique faiblement évaluée, atténue les effets possibles de ces politiques ».

Zéro pointé à droite comme à gauche... Une façon scolaire de rétablir l'égalité ?

Lu dans Le Canard Enchaîné du 5 octobre 2016

Commenter cet article