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Publié par Torreben

 

 

 

Les Wallons, l'honneur de l'Europe

Editorial de Patrick Le Hyaric (L’Humanité du 26 octobre 2016)

Parce qu'il refuse que la démocratie soit bafouée et qu'une justice privée des affaires sacrifie les droits sociaux, humains et environnementaux au nom du « libre-échange », le courageux Parlement de Wallonie est cité à comparaître devant le grand tribunal de la pensée conforme. Il paraît qu'un si petit peuple devrait se taire. Rien de tel évidemment quand le Luxembourg empêche toute harmonisation fiscale ou quand l'Estonie bloque certains droits sociaux.

En lavant l'affront fait aux centaines d'organisations européennes qui depuis des mois tentent d'alerter sur les dangers d'un traité présenté comme intouchable, la Wallonie rend un fier service à la démocratie et à l'idée européenne. Son refus fait tache d'huile : en Espagne, en Allemagne, en Grèce, de plus en plus nombreux sont les opposants à cette inquiétante mode du libre-échangisme autoritaire, paravent de la guerre économique.

Les gouvernements s'affolent et ils ont bien raison. Si les Parlements européens s'étaient prêtés au même exercice que leurs voisins wallons, en décortiquant le texte, en sollicitant l'avis d'associations et syndicats, il est probable que les conclusions eussent été les mêmes. C'est qu'en matière de libre-échange, mieux vaut maquiller les pires régressions du fard de la simple gestion et du secret des affaires que d'assumer un désaveu populaire massif.

Contrairement à ce que disent ses promoteurs, le Ceta n'est pas un simple traité sur le commerce, mais un texte qui entend remodeler l'économie, les services publics, le droit social et environnemental. En créant une « cour pour l'investissement », il met en place une justice d'exception faite pour et par les multinationales contre les souverainetés populaires. En supprimant la quasi-totalité des droits de douane agricoles, il prévoit de faire de l'agriculture, notamment française, une « réserve d'Indiens ». En nivelant par le bas les normes environnementales, il contrevient aux engagements pris la main sur le cœur lors de la conférence de Paris sur le climat, il y a tout juste un an, et balaie le principe de précaution inscrit dans le droit européen.

L'opposition à ce traité n'est dirigée ni contre nos amis canadiens, qui subissent déjà les terribles effets du traité de libre-échange nord-américain, ni contre le commerce, mais contre un remodelage du monde aux canons du nouveau capitalisme mondialisé.

Si les multinationales et leurs actionnaires ont tout à pâtir d'un rejet, les peuples et les travailleurs des deux rives de l'Atlantique ont, eux, tout à gagner d'une discussion large et ouverte sur les échanges commerciaux afin de définir souverainement une mondialisation égale et solidaire. Le moment est venu d'abandonner le projet transatlantique et le traité de libéralisation des services, eux aussi discutés dans le plus grand secret. Les dirigeants européens se grandiraient et rendraient service à l'idée européenne en cessant leurs pressions et leurs ultimatums. Voilà qui serait nouveau ! Pour y parvenir, les débats publics, l'information et la mobilisation doivent encore s'élargir.

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