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Publié par glazik-plomeur

 

Éditions La Découverte, 2015

 

Par Florian Gulli

L’année 2016 semble être celle où la crise de la mondialisation entre dans sa phase critique, avec une conjonction de facteurs à risques (guerres, attentats, crise économique et écologique…). Cette situation paraît inédite et donne l’impression d’un saut dans l’inconnu.


Eric H. Cline, professeur d’histoire et d’anthropologie à l’université de Washington, offre un éclairage inattendu sur une période largement méconnue de l’histoire ancienne, l’âge du bronze, période aux similitudes troublantes avec la nôtre. L’auteur s’intéresse au Moyen-Orient (ou Croissant fertile) de -1800 à -1100 av. J.-C. qui connut un surprenant essor des échanges culturels, économiques, militaires, religieux…


Cette première proto-mondialisation, certes limitée dans l’espace, amena à la création d’un vaste champ d’interdépendances disposant de ses règles et de ses codes. Les archives retrouvées indiquent d’intenses relations diplomatiques entre les différents États, engagés à l’époque dans un jeu d’équilibre des puissances impliquant guerres, mariages dynastiques, alliances et même embargos (ancêtres de nos sanctions économiques).


Les artistes étaient cosmopolites et voyageaient dans les différents royaumes, s’influençant les uns les autres dans une émulation créatrice. Dans cet espace, on put s’entendre et communiquer par l’utilisation généralisée dans les échanges d’une lingua franca incarnée par l’akkadien, langue parlée par toutes les élites de l’époque.


Un tel tableau amène à se demander comment ce monde a disparu. L’ouvrage de Cline permet d’avancer une réponse faisant étrangement écho à nos préoccupations modernes. Par une investigation poussée, parfois difficile d’accès, il montre les multiples causes de l’écroulement de toutes ces civilisations :


• tout d’abord, un sévère changement climatique qui augmenta les périodes de sécheresse et affama les populations. Les tensions sociales s’accrurent, des émeutes de la faim éclatèrent et affaiblirent considérablement les États touchés ;


• ensuite, cette crise agricole obligea de nombreuses populations à émigrer, ce qui entraîna des conflits avec les États plus favorisés comme l’Égypte. Ces populations, appelées « peuples de la mer », s’installèrent souvent par la force dans les territoires conquis et, se divisant en petites chefferies, se firent continuellement la guerre ;


• enfin, cet effondrement de la production agricole, base de l’économie primitive, couplée à l’insécurité grandissante, causa la fin du grand commerce, qui fut catastrophique pour ces sociétés habituées depuis des siècles à dépendre de marchandises extérieures.


Cet ouvrage précieux nous fait comprendre que « les civilisations sont mortelles », comme disait Paul Valéry et permet de relativiser le sentiment de décadence et d’impuissance nous touchant, en montrant le chemin à ne pas suivre.

 

La Revue du projet, n° 60, octobre 2016

 

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