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Publié par Torreben

« Sainte », Mère Teresa ? Ah bon...

Son nom est entré dans le langage courant. Mère Teresa, qui doit être canonisée ce dimanche 4 septembre lors d'une cérémonie au Vatican, va devenir officiellement une sainte.

Un article de Maxime Bourdier (Huffington Post du 3 septembre 2016)

http://www.huffingtonpost.fr/2016/09/03/mere-teresa-sainte-canonisation-parts-dombre-controversees_n_11811410.html

Mais dans l'imaginaire collectif, en tant qu'icône mondiale de la lutte contre la pauvreté, la religieuse décédée en 1997 était déjà une sainte de son vivant. Elle en est même devenue un archétype.

Bonté, générosité, altruisme... autant de qualités qui viennent en tête lorsqu'on pense à Mère Teresa. Et qui font dire: « Je ne suis pas Mère Teresa » à ceux qui font leur mea culpa ou admettent leurs imperfections. Pourtant, au-delà de la crédibilité des miracles qui lui sont attribués (et qui font débat par nature), la figure de Mère Teresa recèle aussi des parts d'ombre qui ont égratigné son mythe.

Une religieuse réac' et prosélyte

Dans un article virulent paru en 2003, l'essayiste britannique et américain Christopher Hitchens dénonçait la vision « ultraréactionnaire et fondamentaliste, même en termes catholiques orthodoxes », de Mère Teresa, citant ses positions sur l'avortement, la contraception ou le divorce.

En 1994, Mère Teresa a ainsi déclaré devant le président américain de l'époque, Bill Clinton, et sa femme Hillary: « La plus grande menace pour la paix aujourd'hui, c'est l'avortement, parce qu'il s'agit d'une guerre contre l'enfant, du meurtre direct d'un enfant innocent, d'un meurtre par la mère elle-même ». « Comment pouvons dire aux gens de ne pas s'entre-tuer si nous acceptons qu'une mère tue son propre enfant? » a-t-elle demandé.

Comme le note Témoignage Chrétien, Mère Teresa avait une vision « en retard sur les textes officiels de l'Eglise », par exemple sur la question de la sexualité. « Sa « rivale » dans le cœur des Français, Sœur Emmanuelle (1908-2008), tenait un discours bien plus responsable pour lutter contre les naissances trop nombreuses et la propagation du sida », estime l'hebdomadaire catholique.

En plus de ces penchants conservateurs, Mère Teresa a aussi été critiquée pour ses velléités prosélytes. En Inde, le chef du camp nationaliste, Mohan Bhagwat, l'a accusée en 2015 d'avoir eu pour objectif de convertir les gens qu'elle aidait. « Au nom du service, des conversions religieuses étaient effectuées », a-t-il dénoncé. Il n'est pas le seul à avoir tenu ce genre de discours en Inde, d'autres évoquant aussi une démarche colonialiste.

"On glorifie la souffrance, on ne la soigne pas"

« J'ai déchanté », explique au Plus de L'Obs une ancienne volontaire dans un hospice des missionnaires de la charité à Calcutta, fondé par la Nobel de la paix 1979. « Chez Mère Teresa, on glorifie la souffrance, on ne la soigne pas », accuse la jeune femme qui évoque des malades recevant « peu ou pas de soins », une hygiène « loin d'être optimale » et des sœurs sans compétences médicales. « Le médecin passe une fois par semaine pour toutes les patientes, dont les cancéreuses, qui sont soignées à l'aspirine et aux vitamines », poursuit cette ex-bénévole qui ironise: « Je ne sais pas si vous avez déjà essayé de soigner votre cancer aux seuls anti-douleurs, mais ça n'est pas super efficace ».

Hemley Gonzalez, un autre ancien volontaire interrogé par CNN, fait le même constat. Lorsqu'il a proposé d'installer un chauffe-eau pour éviter aux malades de se laver à l'eau froide, on lui aurait répondu: « On ne fait pas ça ici. C'est la volonté de Jésus ». Revue scientifique de référence, The Lancet a aussi relevé de tels manquements.

En substance, c'est aussi ce que disait une étude canadienne - controversée - parue en 2013. « Dans les missions de la religieuse, deux-tiers de la clientèle espère en vain y recevoir des soins médicaux, tandis que les autres y viennent pour mourir mais ne reçoivent pas de soins adéquats », résumait alors Radio Canada, citant « la conception de la souffrance de Mère Teresa » (et non le manque de moyens) comme origine de ces lacunes.

Une gestion et des financements douteux

La même étude pointait du doigt la « gestion douteuse des montants d’argent », « faramineux », reçus par Mère Teresa. Ces dons auraient transité sur plusieurs comptes bancaires, dont certains secrets, ce qui interroge l'un des chercheurs: « Etant donné la gestion parcimonieuse de Mère Teresa, on peut se demander où les millions de dollars destinés aux plus pauvres des pauvres sont partis ».

« Lors de nombreuses inondations en Inde ou à la suite de la catastrophe de Bhopal, elle aurait offert de nombreuses prières et des médaillons de la Vierge Marie mais pas d'aide financière directe », constate Slate en reprenant les conclusions de l'étude canadienne. Par ailleurs, elle est accusée d'avoir privilégié le financement de couvents plutôt que de dispensaires plus nécessaires.

L'origine de certains fonds reçus par Mère Teresa pour ses œuvres ont aussi fait polémique. En 1981, elle a par exemple reçu la Légion d'honneur de Jean-Claude Duvalier, dont le régime l'a soutenue financièrement. Accusé de crimes contre l'humanité, le dictateur haïtien a mené un train de vie de millionnaire dans un pays en proie à la misère. Il a été impliqué dans des trafics de drogues et d'organes et son régime a pratiqué tortures et kidnappings.

Autre soutien sulfureux de Mère Teresa, Charles Keating, qu'elle a défendu lors de son procès en 1992. Considéré comme l'un des plus grands escrocs américains, ce milliardaire et catholique intégriste s'est « enrichi aux dépens des petits épargnants », comme l'explique Golias. Pas le meilleur exemple de charité chrétienne.

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