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Publié par Torreben

Pour les profits : «ça va mieux»...
Près de 40 milliards d'euros. Tels sont les profits cumulés des groupes du CAC 40 sur les six premiers mois de l'année, en hausse de près de 4 % par rapport à 2015. Alors que de son côté le salaire mensuel de base a évolué moins vite que l'inflation.

On aurait pu penser que le Brexit, la faible croissance européenne, le ralentissement économique de la Chine notamment, et autres signes de mauvais augure auraient fragilisé l'activité des entreprises du CAC 40, mais non, pour elles, « ça va mieux » selon une formule que répète François Hollande. Avec près de 40 milliards d'euros de bénéfices engrangés en milieu d'année, en hausse de près de 4 %, les 40 plus fortes valeurs boursières font le bonheur de leurs actionnaires. Certes, le groupe Total, avec la chute des cours du pétrole, a connu six mois difficiles ( ?!) avec plus de 3 milliards d'euros de profit en six mois, mais dans leur ensemble, « les entreprises françaises ont bien résisté ». « Des résultats de qualité. » Les analystes boursiers applaudissent. Car, après une année calamiteuse où les résultats, rappelons-le, avaient reculé de 9 % en 2015, 2016 semble être enfin un bon cru. Les politiques du gouvernement et de la Banque centrale européenne semblent enfin porter leurs fruits.

Les industriels ont pu s'appuyer sur la politique du gouvernement

À commencer par la baisse des taux d'intérêt, qui a permis aux groupes de réaliser des opérations juteuses, comme Air Liquide, qui au premier semestre a racheté l'américain Airgas. Quand d'autres ont privilégié le rachat de leurs propres titres afin de récompenser leurs actionnaires, car cela permet d'augmenter mécaniquement le bénéfice par action (BPA) de l'entreprise cotée. Dans ce monde du tout financier, même les banques françaises, que ce soit BNP Paribas, qui a ouvert le bal des publications des bancaires avec une hausse de son bénéfice net part du groupe (+ 4,1 %), ou la Société générale (+ 7,4 %), ont amélioré leurs résultats, grâce à leur banque d'investissement, dont l'activité est concentrée sur les marchés financiers.

Les industriels ont de leur côté pu s'appuyer sur la politique du gouvernement, qui pour les stars du CAC 40 a porté ses fruits. Accords de compétitivité, crédit d'impôt compétitivité emploi (CICE), pacte de responsabilité... autant d'instruments au service de la hausse de la rentabilité. En perfusant les entreprises d'argent public tout en les incitants à baisser les « coûts », et notamment les salaires. La « performance est due (...) à une stratégie claire avec des progrès significatifs sur les initiatives de réduction de coûts et de simplification », a par exemple expliqué Jean-Pascal Tricoire, président-directeur général de Schneider Electric, en présentant les comptes du groupe.

Au premier semestre, les groupes du CAC 40 ont donc utilisé tous les outils du gouvernement. En juillet, PSA a négocié un nouvel accord de compétitivité que la CGT n'a pas signé et dont l'objectif est de permettre au groupe de réaliser 700 euros d'économies pour la production d'une voiture construite en France et ainsi « de démontrer que l'industrie automobile peut vivre et être rentable », souligne Xavier Chéreau, le directeur des ressources humaines. Alors qu'en six mois le groupe a doublé son résultat et enregistré 1,2 milliard d'euros de bénéfices.

Si les profits culminent, les salaires, eux, chutent

Vendredi, c'était au tour de Bouygues Telecom, qui n'a pas hésité à profiter des vacances pour « réorganiser » le travail de ses salariés en proposant à ses employés d'abandonner leurs 23 jours ou 11 jours de RTT (selon leur catégorie) pour une hausse de salaire symbolique de 2 %. Une modification du contrat de travail qui se ferait sur la base du volontariat pour les personnes actuellement employées, mais qui serait imposée aux personnes nouvellement embauchées.

Si les profits culminent, les salaires, eux, chutent. Au deuxième trimestre, le salaire brut de base, en clair le salaire sans les primes et sans les heures supplémentaires, a progressé moins vite que l'inflation (0,3 % contre + 0,6 % pour la hausse des prix). Mais peu importe pour le gouvernement, qui après les 33 milliards d'euros prévus en 2016 pour le CICE et le pacte de responsabilité s'apprête à baisser l'impôt sur les sociétés progressivement pour passer son taux de 33,3 % à 28 %. Le président de la République a toutefois précisé que cette modification ne s'appliquerait pour le moment qu'aux PME. Mais c'est oublier que grand nombre d'entre elles sont des filiales de grands groupes ou des entreprises sous-traitantes.

Clotilde Mathieu (L’Humanité du 22 août 2016)

Pour les profits : «ça va mieux»...

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