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Publié par Torreben

Les terriens vivent au-dessus de leurs moyens
Le jour du dépassement global a été atteint : en huit mois, les sociétés humaines ont consommé autant de ressources renouvelables que la Terre peut produire en un an.

À découvert depuis hier : l'humanité a entamé le crédit qu'elle contracte chaque année auprès du système terre avec cinq jours d'avance par rapport à 2015. Pas de compte bloqué dans cette histoire. À moyen terme, en revanche, les intérêts risquent d'être salés et assortis d'agios dont on ne mesure pas encore le taux exact.

En 2016, donc, ce que les organisations environnementales internationales désignent par le earth overshoot day – le jour du dépassement global – est tombé le 8 août. Dit autrement, en huit mois, l'humanité a déjà consommé autant de ressources renouvelables que ce que la Terre peut produire sur une année entière et a généré autant de déchets que les systèmes naturels sont capables d'en absorber. Depuis hier, nous vivons ainsi en déficit au regard de ce que peuvent offrir les écosystèmes, mettant en péril l'équilibre fragile sur lequel ces derniers reposent. Depuis qu'il est calculé, ce jour du dépassement n'a cessé d'avancer. En 2000, il tombait le 1er octobre ; en 2008, le 23 septembre ; et en 2015, le 13 août.

Point positif : la vitesse de progression a ralenti, passant, depuis le début des années 1970 que le monde a basculé dans le déficit écologique, de trois jours par an, en moyenne, à moins d'un jour par an en moyenne ces cinq dernières années. N'empêche: les modes de production, de commercialisation et de consommation tels qu'ils se sont développés dans les systèmes productivistes nous conduisent, aujourd'hui, à avaler l'équivalent de 1,6 planète pour subvenir à nos besoins.

Tout le monde n'en boulotte pas pareil et, si surconsommation il y a, celle-ci demeure des plus mal partagées. Ainsi, la société australienne – 22,8 millions de personnes – a-t-elle gloutonné 5,4 planètes depuis janvier ; la société étatsunienne – 320,2 millions de personnes – a gobé 4,8 planètes, tandis que la société indienne – 1,3 milliard d'habitants – s’est contentée, si l'on peut dire, de 0,7 planète. La société française – 66 millions d'habitants – se trouve dans la fourchette haute, avec 3 planètes de déjà mangées cette année. Est-il besoin de le rappeler ? Les inégalités d'accès à la consommation frappent, en outre, au sein même de chacun de ces pays.

L'empreinte écologique au cœur des préoccupations

Pour parvenir à ces résultats, les organisations - entre autres le WWF et le Global Footprint Network, qui rendent compte chaque année du earth overshoot day – calculent ce que l'on nomme, depuis 1986, l'empreinte écologique. Soit la mesure de la pression qu'exerce l'homme sur la nature, via l'évaluation de la surface productive (terrestre ou marine) nécessaire à une population pour répondre à sa consommation de ressources et à ses besoins d'absorption de déchets. Concernant par exemple les pâturages, l'empreinte écologique se calcule « à partir de la surface servant à faire paître le bétail élevé pour sa viande, sa peau, son lait ou encore sa laine », explique le WWF. Concernant la forêt, elle se calcule en fonction de la surface fournissant « le bois de construction, de chauffe ou encore de pulpe (papier...) ». Concernant le carbone, enfin, on la calcule à partir « de la surface forestière nécessaire à la séquestration des émissions de CO2 issues de la combustion des énergies fossiles, déduction faite de la fraction absorbée par les océans ». C'est cette part qui pèse le plus lourd sur le budget écologique de la planète. Et la met dangereusement sur la voie du dépôt de bilan.

Marie Noëlle Bertrand (Journal L’Humanité)

Les terriens vivent au-dessus de leurs moyens

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