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Publié par glazik-plomeur

 Impudence et imprudence au sommet de l’Etat

Par GÉRARD LE PUILL pour HUMANITE.FR

A défaut de faire reculer le chômage dans le pays, François Hollande contribue beaucoup aux activités de l’édition en cette année 2016.

Après « Le Pari » (1) publié en mars, vient de paraître « Conversations privées avec le président » (2). Le 12 octobre paraîtra aussi « Un président ne devrait pas dire ça… »(3) de Gérard Davet et Fabrice Lhomme. Cette semaine ils mettent les lecteurs du Monde en appétit en les informant sur quelques dossiers abordés dans l’ouvrage. Ce livre fait suite aux 60 entretiens que les deux auteurs ont obtenus du président de la République depuis 2012 sur un grand nombre de sujets. Dès le départ, les auteurs disent avoir fixé les conditions pour qu’il ne puisse avoir ni modification, ni relecture de ce qu’ils écriraient finalement, ce que l’actuel président de la République aurait accepté avant même d’être élu. Et on découvre avec stupéfaction que ce qui relève du « Secret Défense » n’a plus de secret pour les auteurs après les confidences de Président de la République au moment où il pensait pouvoir bombarder la Syrie à la fin du mois d’août 2013. Un récit hallucinant d’imprudence vu ce qui s’est passé depuis en France.

1 UNE LOI TRAVAIL CONTRE LE MONDE DU TRAVAIL.

Dans les colonnes du Monde, la mise en bouche a commencé dans le journal daté du 23 août avec en titre : «Le jour où Hollande… a imposé la loi travail ». Y figure comme document une note de Boris Valaud, secrétaire général adjoint de l’Elysée et mari de la ministre de l’Education nationale. Dans cette affaire on a voulu aller le plus loin possible dans l’écriture de la loi avec l’accord de la CFDT. Ce que François Hollande résume d’une phrase à ses interlocuteurs le 11 mai 2016 : « on a été, je me mets dedans, au-delà de ce qu’on savait pouvoir être accepté par la CFDT. Cela a braqué. Et la menace du 49-3 a été très malencontreuse ».

Dès le 5 mai, Boris Valaud avait fait ses comptes en cas de vote à l’Assemblée nationale sur la loi Travail. Il estimait que « les « votes contre » pouvaient totaliser 283 voix, « ce qui suppose de contenir à une dizaine le nombre des abstentionnistes sur les 294 députés restants de la majorité pour espérer voir le texte adopté. Il paraît difficilement concevable dans ces conditions d’aller au vote », expliquait-il dans une note dont les auteurs se sont fait remettre une copie par François Hollande. D’où le conseil de Valaud en faveur du 49-3 qui ne sera officiellement « ni un acte d’autorité, ni un acte de faiblesse ». Avec toutefois ce second conseil pour ceux qui seront à la manœuvre : « Feindre de croire que tout le monde est de bonne volonté, avant de constater que les efforts ne sont consentis que du côté de l’exécutif (…) Prendre la majorité à témoin. Assumer les divergences et pousser le dernier carré des frondeurs dans ce qui devra apparaître comme leurs excès. Le 49-3, c’est eux qui l’imposent, et pas la majorité de la majorité ».

Cette volonté de punir les frondeurs conduit encore Boris Valaud à suggérer de retenir entre 460 et 470 amendements sur les 5.000 déposés avec cette recommandation couperet : « mais aucun des 84 amendements déposés par J.M. Germain, aucun parmi les 128 déposés par P. Cherki et aucun parmi les 7 déposés par C. Paul ». S’agissant enfin des conséquences de cette loi en termes de créations d’emploi, voici la confidence que François Hollande - après avoir considéré que Laurent Berger, secrétaire général de la CFDT est « un type très malin, très courageux »-, a fait aux deux journalistes du Monde : « je ne pense pas qu’elle va créer de l’emploi à court terme. Ce qui va créer de l’emploi, c’est toutes les mesures que nous avons décidées précédemment ».

C’est donc une loi visant à accroître l’exploitation des salariés sans créer d’emploi qui a été adoptée par le recours au 49-3 comme le disaient les opposants à ce projet dans la rue. Ils auront toutes les raisons de le redire dès le 15 septembre.

2 LE LIMOGEAGE DE L ANCIEN PREMER MINISTRE RACONTEEE A L ACTUEL MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES

Jean-Marc Ayrault a pu apprendre en lisant le Monde du 24 août comment François Hollande raconte, de manière jouissive, la façon dont il l’a viré de Matignon. Au moment de ce limogeage, le président n’avait sans doute pas l’intention de faire venir son ancien Premier Ministre au Quai d’Orsay, suite au départ de Laurent Fabius, début 2016.

Comme Premier ministre, Jean-Marc Ayrault a été sommé de présenter sa démission le 31 mars 2014 au lendemain du second tour des élections municipales qui ont fait perdre beaucoup de mairies au Parti socialiste. Mais ce limogeage avait été envisagé pour le 7 décembre 2013. « Fin novembre 2013, la question du remplacement d’Ayrault s’est déjà posée, et, avec Manuel Valls, j’avais déjà évoqué cette hypothèse. Je lui ai dit : si la situation se dégrade, je peux procéder à un changement. On avait calé le 7 décembre, en fonction de nos agendas (…) Ayrault a repris l’initiative, avec la réforme fiscale, il voulait rasseoir son autorité sur le groupe socialiste », explique le président aux deux journalistes, 15 jours après le limogeage effectif de son Premier ministre.

Dès le mois de mai 2013, il avait dit à ses deux confesseurs à propos de Jean-Marc Ayrault : « Il est fidèle et loyal. Il est tellement loyal qu’il est inaudible. Il est fort. Il a de la constance. Toutefois, il lui manque la part de rondeur, de légèreté au sens de la capacité à faire un compliment, à entraîner l’autre. Mais s’il avait tout ça, il serait président, il ne serait pas premier ministre. Si un premier ministre est meilleur que le président c’est un problème », explique Hollande.

La suite du récit confirme que Valls piaffait d’impatience pour prendre la place et qu’il avait pour cela le soutien d’Arnaud Montebourg et de Benoît Hamon, deux candidats socialistes déclarés pour l’élection présidentielle de 2017, virés qu’ils furent pour avoir dégusté et médiatisé « la cuvée du redressent productif »en août 2014 à Frangy-en-Bresse .

3 LES INCROYABLES CONFIDENCES DE HOLLANDE SUR SON PROJET DE BOMBARDMENT EN SYRIE

Ce que rapporte le Monde du 25 août sous le titre « Le jour ou … Obama a laissé tomber Hollande » est bien plus grave que le contenu des deux précédents épisodes. Le 30 août 2013 les deux journalistes assistent en direct à un conseil de guerre dans le bureau du Présent de la République. François Hollande attend d’avoir une conversation téléphonique avec Barak Obama afin que les avions des deux pays aillent de concert bombarder des cibles en Syrie, histoire d’en finir au plus vite avec le régime de Bachar Al-Assad .

Voici ce que les deux journalistes racontent quelques semaines seulement après l’attentat de Nice et le meurtre du Père Hamel à Saint-Etienne du Rouvray : « Le président, lui, est courbé sur sa table de travail occupé à relire et a griffonner des notes. Il prépare un entretien, le plus important, peut-être, de ce début de quinquennat. Dans quelques minutes, il pourrait donner l’ordre à ses armées de lancer une attaque aérienne sur la Syrie. C’est en tout cas le but de cette conversation avec Barak Obama, calée depuis le lundi 26 août : sanctionner enfin Bachar Al-Assad, coupable d’avoir usé de l’arme chimique contre ses populations civiles (…) Sur le bureau du président envahi de dossiers, quelques documents, certains estampillés « Confidentiel Défense ». Hollande consulte l’un d’entre eux en particulier. Nous en avons eu copie. Rédigé la veille, le 29 août, par son état-major particulier, il détaille la « timeline du raid» à venir. C’est le véritable Vade-mecum de l’intervention française. Tout y est répertorié. La veille de l’attaque, les Rafale des bases d’Abou Dhabi et de Djibouti devront avoir finalisé les derniers tests à 15 heures. Le président de la République devra donner son accord final à 20 heures. Les équipages seront briefés à 21 heures, pour un décollage prévu à 22H40. Le dernier contrordre possible, pour le chef de l’Etat, pourra intervenir à 1 heure du matin, jour de l’attaque. Après il sera trop tard. Cinq missiles Scalp seront lancés à 2H30 pour atteindre leurs cibles, des bases militaires syriennes, trente minutes plus tard. Hollande annote le document, compare les décalages horaires pour mieux se caler avec l’allié américain… » .

Après le refus de David Cameron d’engager le Royaume Uni dans cette stratégie de bombardement, quelques jours plus tôt, Barak Obama dira ce soir là à François Hollande qu’il renonce lui aussi. Hollande se verra à son tour contraint de renoncer plutôt que de prendre le risque d’y aller seul. Mais la volonté de prédisent français de faire parler de lui a tout prix a permis à deux journalistes d’investigation d’être de potentiels espions au moment de la prise de décision !

Dans « Conversations privées avec le président», François Hollande justifie sa ridicule intervention télévisée effectuée toutes affaires cessantes pour tenter de mettre fin au tollé provoqué par l’arrestation dans un bus scolaire de la collégienne kosovare prénommée Léonarda . On se souvient que le président acceptait le seul retour en France ce cette mineure, sans sa famille expulsée avec elle quelques jours plus tôt. Ce qui lui valu un refus de la gamine en quasi instantané sur BFMTV. Mais à lire ce qu’en dit François Hollande aujourd’hui, on comprend qu’il est d’abord intervenu pour tenter de calmer l’indignation qui montait chez beaucoup de militants socialistes, suite à cette expulsion fortement médiatisée.

Une recherche de la synthèse en quelque sorte. Comme toujours avec Hollande.



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