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Publié par Torreben

Déchéance de postérité

« Le drame, c'est quand vous laissez la place et que vos traces sur le sable s'effacent elles-mêmes »... Figurez-vous que François Hollande a du vague à l'âme. « C'est dur, beaucoup plus dur que ce que j'avais imaginé. » Comme tous les monarques républicains en fin de règne, le président s'est prêté au jeu du livre testament, estampillé « pour la postérité », histoire de conjurer le sort d'un quinquennat dont lui-même doute de ce que l'histoire en retiendra... Aidons-le un peu.

D'abord avec cette carte postale estivale, sombre photographie d'une République délabrée, dans laquelle en moins d'une semaine les plages de Corse sont devenues le théâtre inquiétant d'affrontements communautaires, un commerçant chinois est mort sous les coups du racisme, et un camp de Roms attaqué au cocktail Molotov à Marseille.

Autant de stigmates du plus grand gâchis politique de la Ve République. En 2012, François Hollande a été élu pour panser les blessures du sarkozysme, pour que Marianne embrasse de nouveau sur le front tous les citoyens. Mais, non content de ne pas avoir fait progresser l'égalité, d'avoir laissé au bord de la route les Français les plus fragiles, déroulant le tapis rouge au populisme, François Hollande porte la responsabilité d'avoir creusé un peu plus les plaies béantes du vivre-ensemble. Il l'a fait en toute conscience, laissant le soin à la droite et son extrême d'empoisonner le débat public avec des polémiques montées de toutes pièces pour diviser le pays, (le « burkini » est un cas d'école), jusqu'à l'hystérie collective qui aura conduit des députés de la nation à envisager la création d'apatrides.

Ce funeste testament est celui d'un monarque engoncé dans le fauteuil d'une Ve République agonisante, qui voudrait condamner les progressistes à rester les spectateurs malheureux d'une démocratie en apnée, dont il faudrait redouter à chaque élection la dernière convulsion. C'est le piège tendu par ce quinquennat. Et il reste peu de temps pour le déjouer.

Editorial de Maud Vergnol (L’Humanité du 19 août 2016)

Déchéance de postérité

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