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Publié par Torreben

Crise du lait : la logique du prédateur

Il faut se rappeler de « la vache à mille francs », ce sketch des années 60 qui soulignait le rôle des « intermédiaires » entre le producteur et le consommateur, principaux responsables du renchérissement des produits de consommation courante ou de première nécessité en se gavant de profits...

C’était « avant », avant l’avènement mondialisé du néolibéralisme et la concentration du capital. Le principe de base n’a pas changé, mais le nombre des intermédiaires n’est plus le même. Désormais, entre le producteur et le consommateur, il n’y a guère plus de deux intervenants : l’industriel transformateur et la grande distribution. Deux prédateurs.

La logique du prédateur s’exprime crûment. Face aux éleveurs-producteurs de lait qui revendiquent logiquement une juste répartition des marges, un « responsable » de Lactalis expliquait cyniquement « que le partage de la valeur ajoutée était une idée trotskyste, socialo-communiste, et qu’elle n’est pas dans l’ADN du groupe Lactalis. » On s’en doutait un peu.

Alors qu’on objecte que le groupe réalise des marges supérieures à 10% en payant au producteur 25 centimes le litre de lait, indexant ses prix sur le marché mondial, réalisant ainsi 1,78 milliards de profits pour un chiffre d’affaire de 17 milliards d’euros, la réponse est toujours un mutisme révoltant teinté de mépris. Pour leur part, les éleveurs français doivent débourser 39 centimes du litre de lait avant de commencer à gagner leur vie. Le monopole de Lactalis et des coopératives étrangle les producteurs désarmés devant une forme légale de racket, et on leur explique qu'ils doivent encore augmenter leur production pour rester compétitifs dans un marché mondialisé...

La FNSEA porte une lourde responsabilité dans cette situation. Ce syndicat dirigé par Xavier Beulin, PDG du groupe Avril-Sofiprotéol, multinationale de l’agroalimentaire (plus de 7 milliards de chiffre d’affaires), a toujours encouragé le productivisme, l’élevage intensif et les prix bas. Sa gestion de l’agriculture depuis des décennies, avec la complicité des pouvoirs politiques successifs, a abouti à une situation de rente considérable pour l’agro-industrie alors que le revenu des éleveurs a été divisé par deux, et qu’il est négatif en 2015 pour un quart d’entre eux !

A l’autre bout de la chaîne, juste avant le panier de la ménagère, la grande distribution se gave au passage, imposant ses exigences en matière de prix. Le litre de lait Lactel est vendu 1,67 € chez Auchan et 2,29 € chez Monoprix... « Il faut que les consommateurs sachent que lorsqu’ils achètent les produits Lactalis, ils enrichissent le PDG de Lactalis, mais ils appauvrissent les producteurs », expliquait un syndicaliste. Il faut absolument qu’ils achètent d’autres produits, ce n’est plus tenable. »

S’imposent alors quelques réalités sonnantes et trébuchantes : Emmanuel Besnier, le PDG de Lactalis est à la tête d’une fortune estimée à 6,8 milliards € ! La famille Mulliez (Auchan), les Leclerc et autres pontes de la grande distribution sont à la tête de fortunes considérables.

Il faudra bien imposer une juste rétribution des producteurs, c’est un enjeu national. Il appartient au pouvoir politique de l’imposer au capital... Il faut rappeler que la grande distribution bénéficie du CICE, et que le patronat a bénéficié des plus grandes largesses du pouvoir « socialiste » en place depuis 2012...

ALRX

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