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Publié par Torreben

Règne sans partage

Editorial de Maud Vergnol (Journal L’Humanité du 7 juin 2016)

Carlos Ghosn peut dormir sur ses deux oreilles. L'encadrement des salaires du grand patronat n'aura pas lieu. Ce n'est pas le garde-fou du vote contraignant des actionnaires, présenté comme le nec plus ultra de la loi Sapin 2, qui fera trembler le patron de Renault, dont l'indécence des rémunérations a pourtant donné la nausée à la France entière. Quand le Smic a augmenté de 68 euros en quatre ans, les porte-monnaie des grands patrons n'ont cessé de gonfler, alors même que leurs stratégies d'entreprise réduisent l'emploi et contiennent les salaires. L'énormité du scandale avait suscité des cris d'orfraie jusque dans les rangs de l'exécutif. On allait voir ce qu'on allait voir. Cette fois, François Hollande « menaçait » le patronat de légiférer au nom de la « morale ».

« N'oubliez jamais que ce qu'il y a d'encombrant dans la morale, disait Léo Ferré, c'est que c'est toujours la morale des autres. » C'est ainsi que l'article de loi proposé par les députés communistes, qui reprenait l'engagement 26 du candidat Hollande en 2012 de limiter les écarts de rémunérations de 1 à 20 dans une entreprise, a été retoqué par la majorité, pourtant élue sur cet engagement.

Emmanuel Macron peut se frotter les mains : ses amis vont pouvoir continuer de s'acheter de magnifiques chemises grâce au détournement des richesses créées par les salariés. D'autant que la loi qui porte son nom, elle aussi imposée au Parlement à coup de 49-3, a permis aux sangsues du CAC 40 d'alléger la fiscalité des actions gratuites, qui représentent plus de la moitié du pactole empoché par Carlos Ghosn. « Il faut des jeunes Français qui aient envie de devenir milliardaires », justifiait alors Emmanuel Macron. Ceux qui l'ont accueilli hier à Montreuil sous le slogan « Ni chair à patron, ni chair à matraques » nourrissent de plus belles ambitions, que l'ancien banquier d'affaires a eu l'arrogance de venir souiller dans une ville où la gauche est restée fidèle aux idées du Front populaire.

Règne sans partage

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