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Publié par Torreben

Le neuf était dans la rue
ÉDITORIAL de Patrick Appel-Muller (journal L’Humanité du 2 mai 2016)

À l'avant-veille de l'ouverture du débat à l'Assemblée nationale sur la loi El Khomri, les manifestations d'hier présentaient un visage nouveau. Au coude-à-coude défilaient les secrétaires généraux de la CGT et de FO, Philippe Martinez et Jean-Claude Mailly, ce qui n'est pas dans les habitudes dans les cortèges du 1er-Mai. L'ampleur de la régression sociale planifiée par le gouvernement les pousse à une unité inhabituelle. Parmi les manifestants, souvent militants syndicaux chevronnés, se trouvaient des dizaines de milliers de lycéens et d'étudiants donnant un coup de printemps au rendez-vous traditionnel. Enfin, s'étaient ajoutés, notamment à Paris, les acteurs des Nuits debout, à la recherche de convergence avec les confédérations, et peut-être d'une dynamique qui transforme leurs envies en une force de transformation.

Le neuf était dans la rue et le vieux au micro. Invitée d'Europe 1, la ministre du Travail a justifié l'obstination du pouvoir par un : « Le retrait, ce serait une retraite. » Vieille rengaine des gouvernements confrontés aux mouvements sociaux. De Nouvelle-Calédonie, Manuel Valls entonnait l'autre couplet de rigueur pour appeler à ne pas « dévoyer le droit de manifester », instillant l'amalgame entre casseurs et syndicalistes. Fidèle à son personnage, il a prôné l'ordre contre la justice, refusé de voir les dérapages policiers provoqués par les consignes de leur hiérarchie et a promis « de répondre avec la plus grande détermination face aux casseurs ».

Il est à craindre que la plupart des médias ne regardent que ces petits groupes pour mieux taire le sens d'une mobilisation soutenue par l'opinion. Cette loi, proposée comme une offrande au patronat, ne passera pas comme une lettre à la poste au Parlement. Des députés se feront les porte-voix de cette majorité de Français qui refuse ce texte et 5 000 amendements sont annoncés. Entre suppliques et menaces, les ministres et les responsables du groupe PS au Palais-Bourbon exercent un chantage appuyé et un démarchage individuel auprès des élus socialistes qui renâclent. Quant à la droite, elle accompagne les maugréements du Medef qui trouve qu'il a fallu trop reculer face à la contestation. Ce n'est sans doute pas fini...

Le neuf était dans la rue

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