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Publié par Torreben

Un pas de plus vers l’état d’urgence permanent
Manuel Valls, puis le Conseil des ministres ont confirmé que va être soumise au Parlement une nouvelle prolongation de cet état d'exception. Une annonce très critiquée au PCF et par une part des élus PS.

Et de trois. Prononcé au soir des attentats de Paris et Saint-Denis le 13 novembre dernier, prolongé ensuite jusqu'au 26 mai, l'état d'urgence devrait être reconduit jusqu'à la fin juillet a annoncé, hier matin, Manuel Valls, au micro de France Info. Dans la foulée, un communiqué du Conseil des ministres a précisé que le gouvernement va demander « au Parlement de décider une prorogation supplémentaire » après un passage devant le Conseil d'État. Pour tenter de se justifier, le premier ministre précise que deux grosses manifestations sportives, à savoir l'Euro de foot prévu du 10 juin au 10 juillet, ainsi que le Tour de France qui s'achèvera à Paris le 24 juillet, regrouperont un public particulièrement nombreux, ce qui nécessite des mesures de sécurité particulières. Ce que personne ne conteste.

Mais la date de ces rassemblements sportifs est connue depuis longtemps. D'ailleurs, Bernard Cazeneuve, le ministre de l'Intérieur, expliquait lui-même récemment devant des députés de la commission des Lois que l'on n'aurait « pas besoin » de prolonger l'état d'urgence pour l'Euro...

« L'aveuglement néoconservateur du pouvoir » dénoncé

De fait, l'annonce d'hier est loin de faire l'unanimité, même chez les socialistes. Ainsi, le député Dominique Raimbourg, président PS de la commission des Lois à l'Assemblée, et par ailleurs considéré comme un proche de l'ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault, estime qu'il « n'y a sans doute peut-être plus besoin d'ordonner des perquisitions de façon administrative. Les perquisitions doivent redevenir judiciaires ». Cet hollandiste bon ton s'est même demandé publiquement « s'il est encore nécessaire de faire de nouvelles assignations à résidence ». Et pour faire bonne mesure, l'élu de Loire-Atlantique s'interroge pour savoir si « toutes les mesures de l'état d'urgence sont aujourd'hui nécessaires ». Bref, on aura connu mieux comme soutien du gouvernement. Le frondeur ex-socialiste Pouria Amirshahi est, lui, beaucoup plus catégorique encore, en dénonçant « une fois de plus l'aveuglement néoconservateur du pouvoir (qui) le conduit à n'affirmer son autorité qu'à travers une vision policière de l'ordre public ». Et le député des Français de l'étranger de demander dans la foulée la levée de ces mesures, qui accordent « au pouvoir administratif, au ministère de l'Intérieur et à la police des prérogatives exorbitantes du droit commun » incompatibles « avec l'esprit républicain ». Déjà, en février dernier, depuis les bancs de l'Assemblée, André Chassaigne (PCF), chef de file des députés Front de gauche, appelait lui aussi « à avoir le courage politique de sortir de l'état d'urgence et de mettre fin à ce régime d'exception attentatoire aux libertés et aux droits fondamentaux ».

Olivier Dartigolles, joint hier après midi, s'inquiète à son tour « du glissement vers un état d'exception permanent ». « Mis en échec sur sa réforme constitutionnelle, le gouvernement n'a pas abandonné tous ses projets », souligne le porte-parole du PCF, qui pointe le risque que « ces dispositions conduisent à une mise sous surveillance du mouvement social », notamment de la jeunesse, « alors que déjà des militants, notamment écologistes, ont été interpellés pendant la COP21 dans le cadre de ces mesures ». En conséquence, Olivier Dartigolles appelle « à se mettre en état de vigilance pour dénoncer toutes les atteintes de ce type qui seraient constatées ».

La Ligue des droits de l'homme (LDH), de son côté, parle d'un « gouvernement drogué à l'état d'urgence » qui voudrait « nous habituer à vivre sous ce régime, espérant ainsi que les femmes et les hommes de ce pays oublieront que la défense de nos libertés est aussi un des moyens essentiels de lutter contre les actes de terrorisme », et elle « appelle chacun à ne pas tomber dans ce piège ».

C'est dans les rangs de la droite que l'on applaudit le plus fort. « Je souhaite même que l'état d'urgence soit prolongé tant que nous serons en guerre », indique Christian Estrosi, président « Les Républicains » de la région Paca. Son collègue député des Alpes-Maritimes Éric Ciotti espère que « l'état d'urgence donne des outils de police administrative aux préfets, donne la possibilité d'interdire certaines manifestations ». Et François Fillon lève encore un peu plus le voile sur les intentions de la droite en faisant mine de croire à « une incohérence totale à maintenir l'état d'urgence et à laisser Notre-Dame-des-Landes occupée par des « zadistes » et la place de la République par Nuit debout ». Au moins, c'est clair.

Gérald Rossi (Journal l‘Humanité du 21 avril 2016)I

Un pas de plus vers l’état d’urgence permanent

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