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Publié par glazik-plomeur

Nuit Debout...« Nous sommes en train de faire bouger les choses »

KAREEN JANSELME pour L'HUMANITÉ


Depuis le 31 mars, ils sont debout : de jour, dans les manifestations lycéennes, de nuit place de la République à Paris, heureux de partager et construire un nouvel espace démocratique.

Timotheo et T. participent à toutes les manifestations et passent leurs nuits debout. Toutes les nuits. Dès le premier soir, ce 31 mars, T. a rejoint la place de la République, après la manifestation parisienne contre la loi travail, prévenu par les réseaux sociaux. Timotheo en a entendu parler le lendemain comme d’une « légende » : « Je ne pensais pas qu’à Paris, il pouvait exister un truc comme ça. J’ai tout de suite trouvé ça génial. » Chemise de bûcheron verte cachant un tee-shirt Bob Dylan, bracelets de festivals élimés autour du poignet, le jeune étudiant de 18 ans découvre l’agora nocturne : « Il y a une espèce d’ambiance. Les gens viennent de partout, discutent de façon impromptue. Les assemblées générales sont super intéressantes, évoquent plein de luttes différentes. Lundi, des Congolais sont venus parler de leur pays. C’était incroyable. Ils chantaient leur mécontentement. »

Trouver de nouvelles formes d’action

T., son grand-frère en politique, mesure plus son enthousiasme : « Ça m’intéresse mais je trouve ça gentillet dans la forme et le fond. Les AG veulent réfléchir à une autre façon de penser la politique, mais ça reste très structuré, dans les normes. Il n’y a pas beaucoup de minorités présentes à République : pas beaucoup de Noirs, d’Arabes, d’Asiatiques. Surtout des petits bobos parisiens avec une conscience politique. Mais ça ne m’empêche pas d’y aller quand même ! » Et de participer sporadiquement à la « commission de vie » pour réveiller cette place occupée ou la « commission d’action » pour trouver de nouvelles formes d’action, sans être spécialement inscrit.

« J’avais un regard naïf sur la politique, les manifestations, confesse Timotheo. Je commence à découvrir le gouvernement, ses décisions, la loi travail, les violences policières. À la dernière manifestation, les CRS nous ont bloqués, boulevard Diderot. Les charges étaient super violentes, comme pour nous détruire. On était serré, on ne pouvait pas bouger et ils ont continué à gazer. Il n’y avait pas moyen de respirer. Les CRS rentraient, sélectionnaient au pif des Blacks et des Arabes pour les embarquer. » Le panier à salade lui a donné le goût de retourner en manif. Presque une routine pour T. qui a déjà bloqué des lycées contre la loi Macron, contre les expulsions, en hommage à Rémy Fraisse, le militant écologiste tué par un gendarme à Sivens. « On soutient les lycéens car souvent leurs manifestations s’organisent à l’arrache, sans encadrement, et elles peuvent être violentes. » Brutalité policière, loi injuste et régressive, prolongement de l’état d’urgence, c’est le ras-le-bol qui les ramène chaque soir sur la place de la Marianne au rameau d’olivier. L’esplanade autrefois « mausolée de la République », selon T., avec ses bougies en hommage aux victimes du 13 novembre, mais aussi aimant de « touristes à selfie », est devenue « un centre de fête, de partage, de discussion, accessible à tous ». Mardi soir, les deux étudiants ont battu le rappel sur la place pour aller chercher les migrants de Stalingrad. Arrivés à destination, ceux-ci étaient déjà partis à République ! Un petit raté qui n’entame pas leur envie de participer à la construction « d’une autre démocratie plus participative ». « On est en train de faire bouger les choses, de bousculer les gens dans leur confort ! s’enthousiasme Timotheo. Tout le monde parle de Nuit debout. Il y en a dans plusieurs villes en France, mais aussi en Espagne, en Belgique. On est en train de faire quelque chose d’important. » Quand à l’avenir de Nuit debout, si T. vise « dans l’idéal une insurrection », Timotheo espère simplement que ce « mouvement va rester, quoi qu’il se passe ». Et attirer toujours plus d’individus, de citoyens lambda, « de la banlieue, donner envie aux personnes qui vivent de l’autre côté du périphérique de venir ». En attendant, samedi, ils seront « à la manif, aux côtés des lycéens, si on ne se fait pas embarquer » !

La carte des rassemblements prévus ce samedi en France et eu Europe

Nuit Debout...« Nous sommes en train de faire bouger les choses »

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