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Publié par Torreben

Mon unique ami, c’est la finance !

L'austérité comme boussole jusqu'en 2017, et au-delà...

Le programme de stabilité présenté au Sénat par le ministre des Finances, Michel Sapin, loin de montrer une quelconque inflexion budgétaire, confirme que le gouvernement préfère nourrir l'appétit de la finance plutôt que le modèle social français.

La formule de campagne de François Hollande en 2012, « le changement, c'est maintenant », s'est très vite transformée en « l'austérité, c'est tout de suite » une fois le candidat socialiste au pouvoir. Mais comme en politique, il est paraît-il possible de tromper mille fois mille personnes, voici que l'idée de « changer la vie » pointe à nouveau le bout de son nez dans les discours des ténors socialistes, l'élection présidentielle de 2017 approchant à grands pas. Le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, comme le porte-parole du gouvernement, Stéphane Le Foll, laissent ainsi de plus en plus entendre que le président sortant aurait besoin d'un nouveau quinquennat pour s'affranchir enfin de sa promesse de justice sociale et de redistribution des richesses.

À ceux qui portent oreilles attentives à ces belles paroles, la lecture du programme de stabilité préparé par l'exécutif pourrait s'avérer d'un grand secours. Le projet, défendu hier au Sénat par le ministre des Finances, Michel Sapin, et celui du Budget, Christian Eckert, confirme une fois de plus que le gouvernement entend s'enfermer dans une course à l'austérité jusqu'en 2017, et même au delà, puisque toutes les prévisions formulées pour 2019 émanent d'un même schéma, dans lequel la dépense publique est constamment pointée du doigt, sauf quand il s'agit d'aider les entreprises.

De «mon adversaire c'est la finance», François Hollande est passé à «mon unique ami c'est la finance».

Dans l'Hémicycle du Palais Bourbon, Michel Sapin s'est félicité que les « entreprises voient leurs marges se redresser », puisqu'elles ont selon lui renoué avec le cap de 31,5 % de marges fin 2015, rattrapant les deux tiers du chemin perdu avec la crise. « Avec le déploiement complet du pacte de responsabilité, le taux de marge reviendra à son niveau moyen d'avant la crise », s'est-il réjoui.

On en oublierait presque que la hausse des marges ne garantit en rien la création d'emplois, ni même le fonctionnement des services publics, et bien au contraire, mais encore faudrait-il qu'il en soit véritablement question. Quant à l'argument du sénateur écologiste Jean Desessard, qui précisait qu'« avec 37 milliards d'euros par an, la France est le pays européen dont les entreprises rémunèrent le plus leurs actionnaires », il est resté sans réponse.

Michel Sapin a aussi annoncé qu'après avoir « totalisé 24 milliards d'euros en 2015, le pacte de responsabilité représentera, avec le CICE, 34 milliards de baisse de cotisations et de fiscalité pour les entreprises en 2016 ». Un montant considérable, qui pourrait apparaître contradictoire avec l'objectif d'atteindre un déficit à 2,7 % du PIB annuel en 2017. Le tout alors que les collectivités locales se voient supprimer 28 milliards de dotations d'État, en cumulé de 2014 à 2017, lesquels cessent d'alimenter la vie et l'investissement local, au nom de la réduction des déficits, pour finir pour bonne part directement en marges d'entreprises...

3,8 milliards d'euros d'économies supplémentaires pour 2016

Le sénateur communiste Éric Bocquet a dénoncé cette supercherie. « Quand on constate que 17 milliards de CICE annuels conduisent in fine à la création de 82 500 emplois, dont 30 % d'emplois précaires, c'est-à-dire une quasi-subvention de 200000 euros par emploi, il n'y a qu'une seule conclusion à tirer : soit on conditionne l'attribution du crédit d'impôt au constat effectif de la bonne allocation des ressources accordées aux entreprises, soit on crée des emplois dans l'ensemble des secteurs (police, justice, éducation, hôpitaux publics) où ils manquent cruellement aujourd'hui », a-t-il argumenté. « Les liquidités privilégient plus la finance que notre équilibre et notre modèle social », a poursuivi Jean Desessard.

C'est bien là que le bât blesse. De « mon adversaire c'est la finance », François Hollande est passé à « mon unique ami c'est la finance ». Le programme de stabilité présenté par Michel Sapin, au motif de s'attaquer à la dette, n'assure non seulement aucune stabilité au modèle social français mais l'attaque même pour assurer la stabilité financière. De ce point de vue, l'appel d'Éric Bocquet – qui considère que ce sont « les politiques d'austérité qui brident la demande » – à renégocier les dettes souveraines, dont celle de la Grèce, est resté lettre morte. Christian Eckert, qui a conclu la séance, a même annoncé 3,8 milliards d'euros d'économies supplémentaires pour 2016, dont un milliard sur les dépenses sociales.

Aurélien SOUCHEYRE (journal L’Humanité du 28 avril 2016)

Mon unique ami, c’est la finance !

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