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Publié par Torreben

Le PC Cubain face au défi de l'ouverture

Gaël de Santis (Journal L’Humanité du 19 avril 2016)

Lors du septième congrès du Parti communiste cubain, son secrétaire, Raul Castro, s'est voulu ferme dans la poursuite des réformes économiques, tout en se voulant rassurant sur le maintien d'un cap socialiste.

Il y a cinq ans, le sixième congrès du Parti communiste cubain (PCC) décidait de modifications profondes de l'économie. Le week-end dernier à La Havane, l'heure était au bilan, à l'occasion du septième congrès du PCC. Car la nouvelle politique d'ouverture suscite des craintes quant à l'avenir de la révolution cubaine, quinze mois après que les présidents cubain et étatsunien, Raul Castro et Barack Obama, ont rétabli les relations diplomatiques entre les deux pays.

Dans son discours samedi, Raul Castro, qui a pris les rênes du pays en 2008 et du PCC en 2011 à la suite de son frère Fidel, s'est voulu offensif à l'encontre des États-Unis. « Nous devons être en alerte, plus que jamais », a-t-il mis en garde le millier de délégués. « Les objectifs sont les mêmes, seules les méthodes ont changé », a-t-il prévenu, appelant à une levée totale de l'embargo. Le chef d'État a déploré les « programmes visant à changer le système politique » cubain, ainsi que la politique migratoire états-unienne, qui « continue d'être utilisée contre la révolution », en aspirant les forces vives du pays.

Vers une plus grande autonomie des entreprises d'État

L'essentiel de son intervention visait à promouvoir les réformes en cours, dont l'objectif est de sortir de l'étatisme et de l'égalitarisme, alors que dans les discussions d'avant congrès s'est fait sentir une nostalgie du temps « où existaient l'Union soviétique et le camp socialiste ». Si la croissance a été en moyenne de 2,8 % ces cinq dernières années, elle n'est pas suffisante pour répondre aux besoins des Cubains. De même, la production agricole n'est pas suffisante et contraint le pays à des importations importantes de biens alimentaires.

Raul Castro a souligné les bienfaits de la loi sur les investissements étrangers, ainsi que certaines réalisations telles que la zone économique du port de Mariel. Les « entreprises d'État socialistes » vont bénéficier d'une plus grande autonomie, annonce-t-il, synthétisant les textes du congrès. « On a avancé sur la séparation des fonctions d'État et d'entreprise. » De même, la multiplication du nombre d'emplois indépendants est vue comme une avancée. En cinq ans, la part des salariés de l'État dans l'économie est passée de 81,2 % à 70,8 %.

L'an dernier, 1,4 million de Cubains travaillaient dans le secteur non étatique, contre 3,46 millions pour le secteur d'État, selon les chiffres de la commission économie du congrès.

Le modèle cubain reste celui du socialisme

Ces évolutions ne sont pas sans poser des défis aux dirigeants cubains. L'accès au peso convertible (CUC) engendre de profondes inégalités. Si les travailleurs du secteur touristique bénéficient des devises et ont un accès accru aux biens de consommation, ce n'est pas le cas dans d'autres branches de l'économie. Cela est vrai également pour les entreprises. Alors que le secteur d'État est pénalisé par un taux de change fixe avec le dollar, le secteur non étatique bénéficie, lui, d'un taux de change 25 fois plus avantageux. « Cette importante distorsion devra être résolue le plus rapidement possible dans le cadre de l'unification de la monnaie et du taux de change », invite Raul Castro.

De même, le responsable cubain ne nie pas le risque d'une restauration du capitalisme du fait de nouvelles aspirations. « Nous n'ignorons pas les aspirations des puissantes forces extérieures qui font le pari de ce qu'ils appellent l'"autonomisation" des formes non étatiques de gestion, aux fins de générer des agents de changement dans l'espoir d'en finir avec la révolution », alerte-t-il, rappelant que le précédent congrès avait conclu sur la nécessité d'éviter toute « concentration de la propriété » et de la richesse.

Le modèle cubain reste celui du socialisme, avec une prédominance de la « propriété de tout le peuple sur les moyens fondamentaux de production », assure-t-il. Un « projet de conceptualisation du modèle économique et social cubain », qui doit « servir de guide théorique et conceptuel à la construction du socialisme », va être discuté dans les municipalités et organisations de masse de la société cubaine.

Le PC Cubain face au défi de l'ouverture

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