Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par Torreben

«L'Amérique d'abord» et Trump über alles
Présentant ses principes de politique extérieure, le quasi-candidat républicain confirme son allégeance à l'extrême droite en reprenant le slogan utilisé jadis par les « isolationnistes » pour composer avec Hitler.

«L'Amérique d'abord.» C'est ainsi que Donald Trump a résumé mercredi soir dans un palace de Washington les contours de la politique étrangère qu'il souhaite adopter une fois installé à la Maison-Blanche. On le savait « isolationniste ». C'est-à-dire prêt à désinvestir une partie du terrain international, fût-ce au détriment de certains « partenaires » des États-Unis ; non pas pour entamer une désescalade salutaire des interventions de l'Oncle Sam mais bien au contraire pour rétablir la « grandeur » de la superpuissance en réduisant ses frais impériaux. Et voilà qu'il se surpasse une nouvelle fois. Celui qui apparaît comme l'incontournable candidat du Parti républicain à la présidentielle de novembre a repris en effet ouvertement rien de moins que le slogan autour duquel se sont rassemblés au début des années 1940 des « isolationnistes » d'un genre très particulier, préférant « composer avec Hitler » plutôt que de combattre l'Allemagne nazie.

L'extrême droite prospère dans les classes moyennes désenchantées

La référence à « l'Amérique d'abord » qui sera, a insisté Trump, « le thème majeur de mon administration » confirme combien le quasi-candidat républicain à la présidentielle est déterminé à labourer sur les terres d'une extrême droite états-unienne qui prospère sur le désarroi des classes moyennes désenchantées. Charles Lindbergh fut le promoteur historique de ce slogan « isolationniste ». À la tête d'un comité qui rassembla, une partie de l'establishment, appuyé par des centaines de milliers de pétitionnaires, le célèbre aviateur s'est brisé les ailes de la renommée en entrant en politique pour plaider le dialogue avec « l'Allemagne nazie ». Usant d'arguments racistes et antisémites, il réussira avec ses pairs à repousser l'entrée en guerre des États-Unis jusqu'à l'épisode de Pearl Harbour en 1941.

Une revendication aussi explicite a soulevé une vague d'indignation outre-Atlantique. Elle souligne plus que jamais le danger que représente le milliardaire xénophobe qui prétend murer son pays, se débarrasser des migrants mexicains et interdire l'accès du territoire aux musulmans. L'écrivain Philip Roth avait imaginé dans le Complot contre l'Amérique (1), une œuvre de politique fiction parue en 2004, les conséquences qu'aurait eues l'arrivée d'un président Lindbergh à la Maison-Blanche, après la victoire sur Roosevelt à la présidentielle de l'aviateur fascisant, présenté par le Parti républicain. Roth pointait en fait les fêlures qui traversent la société états-unienne contemporaine et dénonçait l'influence montante d'une droite radicalisée. Ce scénario de cauchemar pourrait prendre un saisissant relief prémonitoire en cas de succès du magnat de l'immobilier à la présidentielle de novembre. L'isolationnisme de Trump ne fait pas vraiment bon ménage avec la paix, comme le prétendent quelques « observateurs » qui n'en retiennent qu'un appel à moins d'interventions extérieures.

L'ex-président Bush qui présenta lui-même un programme « isolationniste » lors de sa première élection, en l'an 2000, n'en constitue-t-il pas la preuve éclatante ? Lui qui allait déclencher les foudres sur l'Afghanistan, envahir l'Irak et alimenter au Moyen-Orient le terrible abcès dont se nourrit Daech. Trump affiche d'ailleurs un refus d'intervention à géométrie très variable. S'il n'entend pas gérer le coûteux service après-vente des aventures bushistes au Moyen-Orient, il fait part de sa détermination à soutenir certains alliés comme Israël, lâchés, accuse t-il, par le président Obama. « Nos amis doivent pouvoir compter sur les accords que nous avons passés avec eux », lance le champion de l'ultra droite qui ajoute, comme pour lever toute ambiguïté, vouloir « dépenser ce qu'il faut » pour augmenter le budget de la défense.

On retrouve la même confusion volontaire quand le candidat républicain se présente en rempart de l'abandon du pays « aux sirènes du globalisme » et dénonce les accords de libre-échange en cours d'adoption. Pour l'emporter, Trump est prêt à tout pour séduire cette partie des classes moyennes appauvries, frustrées du « rêve américain » dans une société où les inégalités se sont creusées comme jamais. Quitte à heurter Wall Street et l'establishment du Parti républicain.

(1) Philip Roth, le Complot contre l'Amérique, publié en France par Gallimard en 2007.

Bruno Odent (Journal L’Humanité du 29 avril 2016)
«L'Amérique d'abord» et Trump über alles

Commenter cet article