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Publié par Torreben

L'abattoir néolibéral et la consommation aliénée

Périco Légasse, journaliste à Marianne et critique gastronomique

Le capitalisme néolibéral financier est à bout de course. La preuve, il n'hésite plus à fomenter des guerres pour asseoir ses parts de marché. Humiliant les Nations unies, l'oligarchie américaine n'a pas hésité à monter de toutes pièces une affabulation sur les armes de destruction massive de Saddam Hussein pour faire tomber un régime qui entravait son contrôle géopolitique du Proche-Orient.

Qu'importe la mort de centaines de milliers d'innocents à Bagdad, Damas, Madrid ou Paris, au regard des intérêts de Wall Street et du Pentagone ? Quel rapport avec le scandale des abattoirs français et le débat sur la souffrance animale ? Il est simple, l'impérialisme américain entend désormais asseoir sa domination économique sur l'hémisphère Nord de façon structurelle et ne recule devant rien. Le fameux traité de libre échange transatlantique (Tafta) n'en est que la façade institutionnelle. L'objectif est de faire de l'euro (ersatz du mark) un appendice du dollar et de réduire l'Europe à une colonie commerciale aux ordres.

Sa nouvelle arme, la consommation globalisée. Pour cela, le néolibéralisme financiarise notre alimentation. À travers le lobby OGM, à travers celui du sucre et ses grandes enseignes mondialisées, à travers celui de la viande industrielle qui inonde les rayons de la grande distribution avec des produits infâmes.

Les farines carnées qui rendent la vache folle, le cheval roumain dans les lasagnes Findus et les atrocités filmées dans les abattoirs d'Alès, du Vigan et de Mauléon obéissent à la même logique : produire à moindres coûts pour gagner des parts de marché tout en jetant l'anathème sur les bons artisans.

Qu'importent l'environnement, l'éleveur, le client et l'animal, du moment que le productivisme financiarise la ressource. Tout le monde est content, les puissances agroalimentaires qui ont industrialisé nos campagnes avec la complicité de Bruxelles et de la FNSEA, la publicité qui empoche des milliards en lavant les cerveaux et la grande distribution qui remplit les chariots de malbouffe à bas prix en étranglant les producteurs.

C'est ce système qui conduit la filière de la viande à produire toujours plus vite et toujours moins cher pour rester compétitive. C'est ce système qui transforme les élevages en usines à barbaque en gavant le bétail de tourteaux de soja OGM, et c'est aussi ce système qui impose aux abattoirs de tuer une bête toutes les minutes s'il veut garder le marché. Et derrière l'image de l'agneau déchiqueté, du cochon torturé et du bœuf égorgé à vif dont le sang et la souffrance souillent tous ceux qui savent et ne font rien, à tous les échelons de la filière, transparaissent les masses auxquelles cette ignoble production est destinée. On parlait autrefois de chair à canon quand on envoyait le prolétariat en première ligne, il convient de parler aujourd'hui de chair à parts de marché, animale et humaine, puisque derrière le couteau qui massacre la bête se cache la maladie qui guette le consommateur empoisonné. Ne change rien, dit le lobby pharmaceutique à celui de la malbouffe, tu m'envoies des clients. Les scandales alimentaires pullulent, dévoilés ou mis sous silence, alors que le monde développé compte 13 % de diabétiques. Démantelée par le gouvernement de François Fillon, la DGCCRF (répression des fraudes) était un rempart contre ces comportements illicites. Elle n'a pas été reformée par une gauche aux ordres de la doctrine Macron. Du coup, la puissance publique, absente ou inefficace, ne fait plus peur aux voyous qui s'en donnent à cœur joie pour transformer notre société en camp de consommation. Au citoyen consommateur à s'en émanciper en modifiant ses mœurs et ses choix alimentaires : manger, c'est voter !

Vient de paraître : À tables citoyen ! Pour échapper à la malbouffe et sauver nos paysans (Le Cerf).

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