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Publié par Torreben

Emmanuel Macron dévoile partiellement son plan de vol
PRÉSIDENTIELLE : le ministre ne dément pas travailler dans cette perspective tout en entretenant le flou sur ses ambitions, mais pas sur son projet droitier, selon une communication bien orchestrée.

Opération Macron. Ce pourrait être le titre d'une sombre affaire de services secrets. Ou celui d'un mauvais film. Ou les deux. Mais ce qui se dessine autour et avec le ministre de l'Économie ne tient pas seulement d'un scénario bancal. Un sondage Viavoice pour Libération a ainsi permis au journal de titrer mercredi que « Macron décolle, même à gauche ». Et il est vrai que la lecture des premiers éléments de l'enquête d'opinion indique que, pour 38 % des Français, le ministre serait « un bon président pour la France à partir de 2017 ». Ce n'est pas la première fois que la question est posée, mais là, Emmanuel Macron fait un bond de 17 points comparé à mai 2015.

28 % des Français l'estiment « proche des gens »

Le même sondage indique aussi que 15 % des personnes interrogées le voient comme le « meilleur candidat » pour « représenter la gauche lors de la prochaine présidentielle ». À y regarder d'un peu plus près, le même sondage indique cependant que seuls 28 % des Français l'estiment « proche des gens », et, pire encore, les mêmes ne sont plus que 18 % à estimer qu'il peut « rassembler la gauche ». Et le chiffre tombe à 15 % chez les sympathisants de gauche. Le même sondage précise qu'il se place nettement devant Hollande, qui n'est crédité que de 7 % chez les sympathisants de gauche, et Manuel Valls (10 %). Alors que le président de la République est au plus mal dans les sondages, et de plus en plus contesté dans les débats publics, autour de la loi travail par exemple, et que le premier ministre ne dément pas clairement qu'il pourrait avoir des ambitions présidentielles, de quoi l'opération Macron est-elle l'enjeu ? Dans ce flou médiatico-politique, le reportage sur le couple Macron publié dans Paris Match est tombé à point nommé, même si, depuis Londres où il se trouvait, le ministre a parlé de « bêtise » et de « maladresse ».

Qu'importe, voilà qui a fait « du buzz », comme l'on dit pour causer moderne. Et du moderne justement, Macron dit qu'il veut en faire avec le mouvement « En marche » qu'il vient de lancer. Avec, pour l'heure, le soutien logistique d'une startup spécialisée dans le « coaching de masse » qui, à partir de quelques slogans simplistes, comme « Il faudrait essayer des idées neuves », recueille des engagements à « marcher ensemble », sans trop mettre en lumière des idées telles que l'abandon des 35 heures ou celui de l'ISF, clairement avancées ailleurs par Macron, et plébiscitées par le Medef.

Des déclarations qui ont contraint, jeudi, Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du PS, auquel ces positions droitières n'ont pas échappé, à rappeler à Macron dans un tweet que « le jeu ce n'est pas d'être compatible avec Alain Juppé, mais de l'empêcher de gagner ». D'autant plus qu'au lendemain du lancement de En marche, Jean-Pierre Raffarin (« Les Républicains ») déclarait que, justement, il ne voyait « aucune incompatibilité » entre Macron et Juppé. Par la porte ouverte, Bruno Le Maire, autre candidat de la droite à la primaire pour 2017, a lancé une autre bille dans le jeu, invitant le ministre de l'Économie « à joindre le geste à la parole et à se présenter tout de suite à l'élection présidentielle ».

Depuis Londres, après avoir évoqué le reportage people, le ministre a répliqué par anticipation que 2017 « est une question qui n'a aucun intérêt ». Alors que dans le quotidien belge le Soir, il avait expliqué, le 19 avril, de façon plutôt contradictoire, que sa « démarche consist(ait) à refonder l'offre politique en France » et qu'il avait lancé En marche « pour nourrir un projet présidentiel ».

Histoire de dévoiler partiellement une stratégie de moins en moins brouillardeuse.

Gérald Rossi (Journal L’Humanité)

Emmanuel Macron dévoile partiellement son plan de vol

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