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Publié par Torreben

Le disque usé de l'argumentaire des patrons

Déjà en 1931, le patronat français utilisait les arguments de la crise, de la situation des petites entreprises et de la perte de compétitivité pour empêcher toute loi de progrès en faveur des travailleurs.

Qui a dit : « Notre pays est en crise. Ce n'est donc pas le moment de changer les règles du jeu » ? Serait-ce un patron fébrile, voyant le gouvernement revenir sur des éléments du projet de loi travail sous la pression de la rue ? Qui s'est inquiété de ce que « la réforme qui est proposée ne tient pas compte de la diversité des besoins de l'industrie » ? Sans doute un représentant du Medef ou de la CGPME tracassé de ne pas en croquer autant que prévu et peut-être – qui sait ? – d'assister au retrait de la loi. Non, ces phrases ont été prononcées en 1931 par un industriel dieppois du nom de Robert Thoumyre, vent debout contre un projet de loi du gouvernement du « cartel des gauches » se proposant d'instaurer « des congés payés pour les travailleurs ». Bien avant que la grève et la lutte ne puissent les leur imposer en 1936, les représentants du capital français utilisaient déjà ces arguments qui semblent être inscrits de longue date dans les bréviaires patronaux. Jugeons-en.

Présenté à la Chambre des députés par le ministre du Travail, le radical-socialiste Antoine Durafour, le projet de loi ouvrant le droit aux congés payés pour les ouvriers avait déclenché chez le patronat un refus catégorique paré du masque forcément vertueux du réalisme. Les arguments ressemblant furieusement à ceux ressortis aujourd'hui : « Un simple calcul montre que les congés payés vont alourdir de 3,5 % le coût du travail, ce qui va handicaper les produits industriels français et aggraver le déficit de la balance commerciale au profit de l'Allemagne. » Baisse de compétitivité et « coût du travail », la même soupe était déjà servie il y a 85 ans, et tant pis si les faits n'ont cessé de montrer depuis que l'amélioration des conditions de travail est loin d'avoir fait s'écrouler l'économie française.

Autre précepte qui semble ne pas s'user même si l'on s'en sert à outrance : « Il faut limiter l'intervention du législateur aux principes et s'en remettre pour leur application à des réglementations d'administration publique. » En clair, il faut adapter les réglementations du travail à chaque branche car une loi ou une réforme « imposée uniformément à tous les secteurs (...) aurait des effets catastrophiques », entendait-on déjà.

Depuis, les profits ont explosé. Les 500 plus grosses fortunes françaises (industriels, distributeurs, fabricants d'armes) ont été multipliées par plus de 4 en une décennie. Sans doute pas encore assez pour changer d'argumentaire.

Olivier MORIN (Journal L’Humanité du 30 mars 2016)

Le disque usé de l'argumentaire des patrons
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