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Publié par Torreben

«Les militants ne sont pas là pour se faire taper dessus»

Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT, rend hommage à la solidarité « spontanée et très large » autour des Goodyear.

Comment analysez-vous la solidarité massive autour des Goodyear ?

PHILIPPE MARTINEZ Cela traduit une exaspération profonde et une grande colère du monde du travail, mais aussi de cette diversité de citoyens qui sont attachés aux libertés collectives, syndicales. La solidarité est à la hauteur de l'indignation. La condamnation extrêmement grave des Goodyear fait suite à ce qui s'est passé pour ceux d'Air France, pour les cinq d'EDF, pour l'inspectrice du travail de Tefal mais aussi aux sanctions de tous les militants pour leur activité syndicale ou qui sont licenciés pour fait de grève. Nous avons reçu beaucoup de témoignages, et je tiens d'ailleurs à remercier toutes ces personnes qui nous ont écrit. Je pense à cette femme de 102 ans, non syndiquée à la CGT, qui a tenu à faire part de son émotion.

Êtes-vous surpris de cet élan ?

PHILIPPE MARTINEZ Nous avons été surpris parce que la solidarité a été rapide, spontanée et très large. Cette solidarité est allée bien au-delà de la CGT et du mouvement syndical. En France, beaucoup de leaders syndicaux ont pris position, je pense au président de l'Unef, à Jean-Claude Mailly de FO... En Allemagne, le président du DGB a signé la pétition. Celui de la Confédération européenne des syndicats a tenu à nous envoyer un courrier. Puis il y a eu le monde de la culture, avec plusieurs artistes, des chercheurs, le monde de la justice. C'est une excellente réponse au gouvernement et au patronat qui lance une campagne de dénigrement du syndicalisme, et en particulier de la CGT, comme en témoigne la volonté de court-circuiter les syndicats avec la mise en place de référendums dans les entreprises.

Comment permettre aux syndicalistes de mieux se défendre ?

PHILIPPE MARTINEZ Nous avons besoin de faire parler nos militants. La pudeur de l'engagement syndical est un véritable frein, ils doivent prendre conscience qu'ils ne sont pas là pour se faire taper dessus. Il y a quelques jours, j'ai encore croisé un camarade qui a pris quatre mois de prison avec sursis pour une affaire montée de toutes pièces. Mais pour lui, ce n'était « rien », comparé à la sanction des Goodyear. Nous sommes dans ce travail de recensement, une première étape qui permettra de créer des comités de défense. L'objectif sera d'apporter une réponse juridique mais aussi de mobilisation pour que cette criminalisation de l'action syndicale cesse.

Quelle suite envisagez-vous à la mobilisation ?

PHILIPPE MARTINEZ Elle va se poursuivre. Pour défendre les Goodyear, mais aussi l'ensemble de nos syndiqués menacés. Je pense aux camarades d'Air France qui, le 23 mai, passeront devant le tribunal, et qui risquent aussi de lourdes sanctions pénales. Notre souci est de n'oublier personne, car il n'y a pas de petites et de grandes attaques contre les syndicalistes.

Entretien réalisé par Clotilde Mathieu (Journal L’Humanité)

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