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Publié par Torreben

La crise agricole de trop

Les causes des crises agricoles sont connues : l’agriculture française doit faire face à une concurrence européenne déloyale, marquée par le dumping social, les directives européennes permettant que des milliers de travailleurs soient employés, en Allemagne et en Espagne dans des conditions déplorables. S’y ajoute la question des normes, ou la voracité prédatrice de la grande distribution, voire l’embargo russe, premier marché à l'exportation pour le porc européen.

L’été dernier, les producteurs de lait, de porc et de viande bovine se désespéraient déjà de la chute des cours qui les contraignait à produire à perte. Le pouvoir socialo-libéral avait réussi à trouver un accord garantissant un prix rémunérateur aux paysans, avec tout de même une aide publique de 700 millions d’euros sur deux ans. Quelques mois plus tard, les mêmes causes produisent les mêmes effets, et le gouvernement Valls promet une nouvelle « rallonge » de 290 millions d’euros...

Le désastre de la production à perte qu’on tente de corriger à coup d’aides publiques va perdurer. L’Europe presse le gouvernement de « limiter » ses plans de sauvetage : les puissances économiques et financières s’unissent pour faire disparaître un modèle agricole à bout se souffle, riche pourtant de ses petites et moyennes exploitations garantes de la qualité et de l’emploi. La politique agricole européenne ne jure plus que par la concentration : productivisme à outrance, concentration capitaliste et taux de profits sont désormais l’horizon promis de l’agriculture française.

Les nombreux projets de ferme-usines en cours annoncent l’industrialisation de l’agriculture avec comme corollaire sa financiarisation. Un chemin totalement différent des modèles traditionnels. Le but est d’édifier une agro-industrie avec peu de travailleurs en maximisant le profit de grandes entreprises. Le gigantisme donne le tournis, avec comme modèle le plus connu, la ferme des mille vaches, et annonce le nouveau modèle de production agricole : la ferme-usine. Les fermes traditionnelles ne parviennent plus à survivre dans un environnement économique de plus en plus dur. Xavier Beulin, le président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) explique que l’agrandissement est une question de compétitivité : « celui qui a deux hectares, trois chèvres et deux moutons n’est pas agriculteur ».

Dans ces nouvelles exploitations gigantesques, la rationalisation du travail implique que des machines sophistiquées remplacent les hommes. Il n’y a plus de pâturage, et les animaux sont alimentés avec des composés industriels, tandis que les éleveurs deviennent des ouvriers spécialisés. Le statut même d’agriculteur est remis en cause. Pour répondre à la définition d’« agriculteur actif » et accéder aux aides publiques, le critère de « revenu dégagé » – le chiffre d’affaire – est devenu désormais l’élément déterminant.

La clef de voûte de l’édifice, l’acteur omnipotent des filières de l’agro-industrie, porte un nom : Avril-Sofiproteol. Leader français de l’alimentation animale, le groupe est présent partout avec ses filiales spécialisées dans la nutrition, l’hygiène et la santé, la génétique, les abattoirs... La volaille ? Il est le propriétaire de Matines, la marque d’œufs. Les huiles ? Le groupe est leader dans le secteur avec Lesieur et Puget.

Très discret, le holding règne en maître dans tous les secteurs allant de l’alimentation humaine à la nutrition animale, en passant par les semences, les énergies renouvelables et même la presse... Avril-Sofiproteol, regroupe plus de 150 sociétés différentes pèse plus de 7 milliards d’euros et est aussi le bras financier de l’agriculture.

Comme les derniers Mohicans des campagnes françaises, les paysans cèdent au désespoir, Ils ont interpellé tous les ministres de l’agriculture qui ne font pas grand chose lorsqu’ils sont en poste. Le PDG du groupe Avril-Sofiproteol, Xavier Beulin, « entrepreneur en agriculture » tient les leviers de la FNSEA, le principal syndicat agricole. Cherchez l’erreur.

Il faudra bien pourtant tout mettre à plat avant que les campagnes ne deviennent des déserts.

ALRX

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