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Publié par glazik-plomeur

La politique d’Ankara, un danger pour la paix régionale

Par PIERRE BARBANCEY

LUNDI, 21 DÉCEMBRE, 2015

Pour L'HUMANITÉ

La Turquie, dont l’aide à Daech est un secret de Polichinelle, ne semble pas se réjouir du vote unanime des Nations unies. La répression contre les Kurdes se poursuit. Erdogan se tourne maintenant vers Israël pour trouver de nouveaux soutiens.

Pour positive qu’elle soit, la résolution votée à l’unanimité par le Conseil de sécurité de l’ONU ne vaudra que par son application pleine et entière. Il aura fallu presque cinq ans pour y parvenir. Des dizaines de milliers de morts, de déplacés, de réfugiés pour qu’enfin soit acceptée l’idée que la solution n’est pas militaire mais politique. Mais tous les pays s’y résolvent-ils ? La Turquie, par exemple, acteur majeur dans cette crise, est-elle disposée à accepter une solution politique qui inclurait les Kurdes de Syrie, elle qui les attaque et tente d’écraser tout mouvement d’autonomie dans ses propres frontières ? Les signaux en provenance d’Ankara n’incitent guère à l’optimisme.

Dès le vote de la résolution, la déclaration du ministre turc des Affaires étrangères a fait l’effet d’une douche froide. Loin de s’en réjouir, il a expliqué que la stabilité ne reviendrait qu’après le départ de Bachar Al Assad et de « ceux qui ont du sang sur les mains ». Il a ajouté, de façon assez terrible : « La Turquie continuera à contribuer en ce sens au processus politique planifié. » En réalité, le pouvoir turc préfère s’accrocher à son propre agenda basé sur un impérialisme de type ottoman, un déni du fait kurde et un soutien à l’islamisme politique. L’aide apportée par Ankara à l’« État islamique » est maintenant connue de tous. Les troupes turques sont même entrées en Irak et, malgré l’injonction américaine, y sont toujours.

Depuis, la Turquie va plus loin. Plus de cent militants du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) ont été tués au cours des cinq derniers jours lors d’une opération militaire d’ampleur inédite qui se poursuit dans le sud-est à dominante kurde de la Turquie. Par ailleurs, au moins deux soldats et cinq civils ont perdu la vie dans les affrontements. Au total, 10 000 hommes appuyés par des chars ont été mobilisés pour cette offensive qui vise à déloger les militants kurdes des centres urbains et se concentre sur deux villes proches des frontières syrienne et irakienne, Cizre et Silopi. Ces localités de la province de Sirnak sont toutes deux sous couvre-feu depuis des jours. « Ces opérations et le recours systématique au couvre-feu représentent des punitions collectives inacceptables », s’est insurgée l’Association turque des droits de l’homme (IHD). À Van (est), un millier de manifestants se sont rassemblés dans le centre-ville pour dénoncer les opérations militaires, avant d’être violemment dispersés par la police, qui a fait usage de balles en caoutchouc et de gaz lacrymogènes.

Et, pour faire bonne mesure, la Turquie et Israël, dont les méthodes sont assez similaires, ont décidé de mettre fin à leur querelle déclenchée après la mort de citoyens turcs qui se trouvaient à bord d’un bateau voulant briser le blocus de Gaza. Lors d’une rencontre secrète en Suisse, les deux pays se sont entendus sur une compensation des victimes du raid israélien, le retour des ambassadeurs et le lancement de négociations sur l’exportation de gaz israélien en Turquie. Ce dernier point est particulièrement intéressant. Ankara sait que, après avoir abattu un avion russe, il sera soumis à des mesures de rétorsion de la part de Moscou, grand fournisseur de gaz (56 % de la consommation turque).

Que l’islamiste Erdogan se tourne vers Israël au milieu de la crise montre combien les arguties de type religieux ne servent qu’à masquer des politiques coloniales fondées sur la non-reconnaissance du droit des peuples. Après le vote à l’ONU, la Turquie d’Erdogan incarne l’un des plus grands dangers pour la paix régionale.

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