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Publié par Torreben

Quelle violence ?

Maurice Ulrich (Editorial - journal L’Humanité des 30/31-10-2015)

Tous ceux qui, dans les appareils politiques ou dans les médias, s'emploient à caricaturer et à dénigrer, que ce soit par paresse intellectuelle ou pour de cyniques calculs politiciens, certaines positions syndicales et particulièrement celles de la CGT se rendent-ils compte à quel point ils jouent à un jeu dangereux ? La crise sociale, politique et démocratique est profonde. Sociale, elle ne semble plus laisser de champ qu'à l'approbation ou non des positions du Medef mises en forme par Emmanuel Macron avec l'accord du premier ministre et du président. Politiquement, elle ne semble plus laisser de place qu'au tripartisme partageant les temps d'antenne, les commentaires et les pronostics entre le PS, la droite et le Front national. Démocratiquement, elle interdit tout débat sur de réelles alternatives aux politiques d'austérité et de remise en cause des acquis sociaux en le limitant à des réflexes « pavloviens ». De même qu'un chien salivait en entendant une sonnette, le PS fait mine de croire que « le peuple de gauche », qu'il a occulté et oublié depuis des mois, pourrait répondre à ses appels dès lors qu'il sonne le tocsin à deux mois des régionales.

C'est dans ce paysage de crise que le conflit d'Air France a pris un relief particulier avec l'évocation récurrente depuis quelques jours de la violence sociale. On va même jusqu'à accuser le secrétaire général de la CGT, Philippe Martinez, d'être celui qui voudrait l'explosion sociale parce qu'il a attiré l'attention sur le climat de tension qui règne dans le pays et dont témoignent les interventions que nous publions. Mais la réalité, c'est que le jeu dangereux, c'est le refus de tout débat en profondeur sur des alternatives et des propositions qui existent, syndicales aussi bien que politiques à la gauche du PS ; c'est la négation systématique de la violence quotidienne exercée sur les plus modestes sous la forme du chômage, des plans sociaux, de la précarité, des bas salaires. Tout cela, combiné avec l'instrumentalisation de la peur des autres sous ses différentes formes, relayée par trop de pseudo-intellectuels, c'est la vraie violence d'aujourd'hui, la bombe qui est amorcée.

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