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Publié par glazik-plomeur

La sécurité frontalière, un marché très lucratif de plus de 20 milliards d’euros

Par Élisabeth Vallet Directrice scientifique à la chaire Raoul- Dandurand (UQAM, Canada)

La frontière est devenue un enjeu de sécurité nationale, et cette tendance s’accompagne de sa militarisation : puisqu’un mur seul ne suffit pas à enrayer les flux, il faut l’équiper de capteurs, de détecteurs, de caméras infrarouges, de techniques de surveillance par drones, de routes de patrouille, de miradors. Le coût total est donc élevé – l’équivalent d’un grand projet de travaux publics. Car c’est en milliards que se chiffre la construction d’un mur frontalier.

À partir des cas israélien, américain et espagnol (pour les enclaves de Ceuta et Melilla), le coût moyen d’un mur – de l’expropriation à son érection – est évalué à 2 millions d’euros le kilomètre (cela peut se monter à près de 6 millions d’euros par kilomètre dans les zones escarpées). Ces chiffres n’incluent pas l’entretien de l’infrastructure, que le Customs and Border Protection aux États-Unis estime, pour le seul mur mexicano-américain, à près de 6 milliards d’euros sur les vingt prochaines années.

Dès lors, pour les industries de défense, la sécurité frontalière est un marché très lucratif. D’autant que, malgré la crise économique de 2008 et l’austérité qui grève les budgets publics, les montants sont demeurés élevés : dix ans après le 11 septembre 2001, le marché militaire de la frontière représente 21,67 milliards d’euros dans le monde. C’est ce qui explique, sur les chantiers frontaliers de l’Arabie saoudite à la frontière méridionale des États-Unis et en passant par l’Inde ou Israël, la présence de gros consortiums liés à l’armement et à la défense et articulés autour de figures de proue comme EADS, Boeing ou Elbit.

Des salons de la sécurité frontalière fleurissent également depuis quelques années, pour vendre à des pays en quête de protection une militarisation de la zone frontalière, qui devient ainsi une zone de déploiement militaire, d’expérimentation de technologies duales, où la violence se justifie par la présence d’un « Autre » devenu ennemi plus que voisin.

(http://www.humanite.fr/ )

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