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Publié par Torreben

Et en avant vers la retraite à 67 ans !

Avec le récent accord de certains partenaires sociaux sur les retraites complémentaires se profile l’inquiétant scénario peaufiné par le Medef et le gouvernement socialiste : aller lentement mais surement vers la retraite à 67 ans, travailler beaucoup plus longtemps pour gagner beaucoup moins.

De nombreux indices le laissent clairement entendre : finie la réforme emblématique de la gauche de la retraite à 60 ans instaurée en 1982, terminée la retraite à 62 ans à laquelle Hollande s’était rallié, et en avant (si l’on peut dire) pour la retraite à 67 ans !

La mesure phare de la réforme engagée en 2013 par le gouvernement Ayrault prévoyait un allongement de la durée d’activité ouvrant droit à une retraite à taux plein de 41,5 ans à 43 ans : pour un salarié ayant commencé à travailler à 24 ans, il faudrait donc travailler jusqu’à 67 ans. D’ores et déjà, la retraite à 62 ans devenait alors une fiction. Dès cette époque la référence que prend le Medef : il faut relever à ce niveau l’âge légal de départ à la retraite.

Le dispositif prévoyait que c’est à 67 ans qu’un salarié qui n'a pas cotisé le nombre de trimestres nécessaire pourra partir à la retraite sans pénalité de minoration, c’est-à-dire sans qu’il ne lui soit appliqué une décote même si la pension demeure calculée au prorata du nombre de trimestres travaillés. Dès la réforme de 2013, l’âge de 67 ans fonctionne comme un point de mire.

A travers toutes ces régressions on comprend mieux ce qui s’est joué avec la réforme des retraites complémentaires sur laquelle viennent de se mettre d’accord d’un côté le patronat, de l’autre la CFDT, la CGC et la CFTC.

Partant à la retraite à 62 ans, un malus de 10% sera appliqué sur le montant de la retraite complémentaire des salariés à partir de 2019 pendant chacune des deux années suivantes et peut-être même la troisième année, si les finances de ces régimes ne se redressent pas. La seule condition pour que ce même salarié ne soit pas pénalisé par une décote sera donc qu’il travaille au moins jusqu’à 63 ans.

C’est un aspect pour le moins scandaleux de cet accord : quelques partenaires sociaux se sont mis d’accord sur un changement de l’âge légal du départ à la retraite, le relevant de 62 à 63 ans. (Le patronat a volé une année de retraite aux salariés.)

D’autre part, un salarié n'affichant 41,5 ans d'activité qu’à ses 64 ans devra, lui aussi, travailler encore un an de plus, soit jusqu’à 65 ans, s’il ne veut pas qu’une décote soit appliquée sur sa retraite complémentaire. Et cela vaudra aussi pour les tranches d’âge au-dessus... jusqu’à 67 ans !

Il faut savoir que le pouvoir d’achat des retraites est pour le moins défaillant. D’abord, dans le cadre de la dernière réforme des retraites, leur revalorisation annuelle éventuelle a été décalée du 1er avril au 1er octobre. Ce décalage des revalorisations fait perdre beaucoup de pouvoir d’achat aux retraités. De plus dans le cadre du plan d’austérité, le gouvernement a également décidé un gel du pouvoir d’achat des retraites du régime général.

Au final, les salariés devront donc travailler plus longtemps, pour percevoir des retraites dévalorisées. La dévalorisation massive des pensions, c’est ce qui va contraindre les salariés à travailler plus.

Une grosse moitié des retraités disposaient de pensions très faibles sous le seuil de pauvreté ou ne le dépassant que d’à peine 200 euros par mois. Cette pension de 1 216 euros net par mois n’est qu’une moyenne, recouvrant de gigantesques disparités. Déjà en 2013, les femmes avaient en moyenne une pension inférieure de 39,5 % à celle des hommes.

Sur tous les tons, on entend sans cesse dire que les régimes de retraite vivent au-dessus de leurs moyens ; que les salariés doivent travailler de plus en plus longtemps ; et que les retraités doivent se serrer de plus en plus la ceinture. Ce battage médiatique n’a qu’un seul but : éluder la question essentielle d’un plus juste partage entre capital et travail. Si ce partage entre capital et travail n'est pas rééquilibré, aucune réforme équitable du système des retraites ne pourra intervenir.

Un dernier mot sur ce marché de dupes. Lors des négociations pour les retraites complémentaires, on s’est bien gardé de rappeler que le prétendu « effort du patronat » pour parvenir à un accord n’a été « consenti » que « par une baisse de nos cotisations à la branche accidents du travail et maladies professionnelles (AT-MP) », c’est-à-dire sur le dos des salariés. (Retraite: un deal sur le dos des victimes du travail).

CQFD...

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