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Publié par glazik-plomeur

Crise laitière trois mois après la sortie des quotas

Gérard Le Puil

Le prix du litre lait payé aux producteurs est tombé à 30 centimes d’euros. Ils subissent une baisse de 20% en moyenne alors que la sécheresse qui s’installe en France augmente les coûts de production pour chaque litre de lait produit. La situation va devenir intenable et le gouvernement semble pris au dépourvu.

Un scénario catastrophe menace les producteurs de lait en France dès la première année de sortie des quotas laitiers. Le prix du litre de lait de vache payé aux éleveurs est tombé à 30 centimes d’euros, soit une baisse de 5 à 7 centimes par litre en trois mois. Pour comprendre de quoi il retourne, il faut se souvenir que des quotas de production par pays avaient été mis en place en 1984 par l’Europe afin d’adapter l’offre de produits laitiers à la demande. Le but était de réduire les montagnes de beurre et de poudre que l’on stockait à grands frais en attendant de pouvoir les vendre sur les marchés des pays tiers à prix bradés quand une telle occasion se présentait. A l’époque, le financement du coût du stockage et de la vente à perte était pris en charge par le budget agricole de l’Europe.

Depuis 30 ans, les quotas avaient permis de faire assez bien coïncider l’offre et la demande. Mais cette forme de régulation globalement efficace ne convenait pas à la philosophie libérale qui prévaut à la Commission européenne, laquelle a convaincu les Etats membres de l’Union d’abandonner les quotas à partir d’avril 2015. Entre ces deux dates, l’Union européenne était passée de 10 Etats membre à 12, puis à 15, puis à 25, puis à 27 et à 28 , soit une majorité de pays auxquels il fut octroyé un quota national de production lors de leur entrée dans l’Union. Beaucoup de ces nouveaux pays auraient souhaité un droit à produire plus volumineux et quelques anciens dont l’Allemagne, les Pays Bas, le Danemark et l’Irlande voulaient aussi la sortie des quotas afin de produire plus pour l’exportation. La France avait la possibilité d’opposer son veto à la fin des quotas. Mais elle s’est bien gardée de le faire quand la droite était au pouvoir.

Mais comment expliquer que le prix du lait payé aux producteurs soit en train de s’effondrer si brutalement ? Dans la perspective de la fin des quotas, de nombreuses laiteries ont poussé les paysans qui leur livrent du lait à produire plus, leur faisant miroiter une belle croissance des débouchés à l’extérieur de l’Union européenne, avec, en points de mire le marché chinois et ceux de quelques autres pays asiatique en plus de la Russie qui achetait déjà pas mal de beurre, de poudre de lait et de fromages. Mais la Russie a fermé son marché à tous les produits alimentaires européens en réponse aux sanctions économiques prises contre elle par l’Europe au nom du soutien à l’Ukraine. De son côté, le marché chinois n’ouvre pas à l’Europe les débouchés dont rêvaient nombre de laiteries, les produits laitiers néozélandais et australiens étant plus proches et plus compétitifs.

De cette contraction des débouchés vers les pays tiers a résulté une concurrence intra-européenne de plus en plus exacerbée. Dans cette bataille pour accéder aux marchés, une offre supérieure à la demande met tous les atouts maîtres dans les mains de la grande distribution. En France, elle a augmenté de 65% ses importations de lait UHT conditionné en bouteille ou en briques durant mars et avril 2015 par rapport à la même période de 2014. C’est une manière de mettre la pression sur les laiteries hexagonales pour qu’elles baissent leurs prix. Lesquelles laiteries, soucieuses d’écouler leur lait coûte que coûte, répercutent cette baisse aux producteurs.

La sécheresse transforme les prairies en paillassons

Enfin, un facteur aggravant intervient au plus mauvais moment de cette crise. Alors que le prix du lait est au plus bas en raison d’une surproduction européenne, la sécheresse qui frappe la France depuis maintenant trois semaines transforme les prairies en paillassons. La repousse de l’herbe ne se fait plus et cette situation va durer de longues semaines, voire des mois. Cela peut se traduire par une baisse des volumes de lait produit, ce qui diminuera encore les recettes perçues chaque mois par les producteurs sauf si l’offre diminue sensiblement dans toute l’Europe. Les éleveurs peuvent aussi choisir d’entamer les stocks de fourrages engrangés pour l’hiver et acheter plus de tourteaux de soja pour maintenir leur volume de production. Mais cela se traduira par une augmentation du prix de revient de chaque litre de lait alors que son prix de vente ne couvrait déjà plus les coûts de production ces dernières semaines.

Tour à tour, les représentants syndicats des laitiers de la FNSEA et de La Confédération paysanne ont été reçus cette semaine par le ministre de l’agriculture, lequel en semble pas savoir comment s’en sortir au plus fort de cette crise. Lors d’un point de presse tenu le 9 juillet, la Confédération paysanne affirmait avoir tiré la sonnette d’alarme depuis un an sur le risque de surproduction laitière dès la sortie des quotas. Elle demande aujourd’hui que l’on mettre en place des mesures ponctuelles de réductions de volume, chaque fois que des mesures de dégagement des marchés sont susceptibles d’être prises au niveau européen. Faute de quoi, les stocks d’intervention continueront de peser sur les cours du lait payés aux éleveurs. Elle regrette qu’au COPA COGECA, la structure européenne ou siège la FNSEA avec d’autres syndicats paysans européens, cette revendication n’ait pas été reprise. Dans cette structure, la fuite en avant dans l’agrandissement des exploitations pour rechercher d’illusoires économies d’échelle afin de mieux percer sur le marché mondial continue de prévaloir. C’est aussi le cas des grandes entreprises laitières françaises que sont Lactalis et Sodiaal, cette dernière étant pourtant une coopérative!

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