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Publié par glazik-plomeur

Accord sur le nucléaire iranien : les gagnants et les perdants

John Kerry, chef de la diplomatie de Washington, et Javad Zarif, ministre des Affaires étrangères iranien (à droite) en pleine discussion sur l’accord nucléaire, qui rentrera dans l’histoire... si le Congrès américain le valide. Photo : Reuters

Un article de MARC DE MIRAMON pour l'HUMANITÉ DIMANCHE (http://www.humanite.fr/

Au-delà de bouleversements prévisibles sur la scène moyen-orientale, l’accord sur le nucléaire remet en cause la rhétorique de l’OTAN, qui utilisait la menace iranienne pour justifier son expansion vers la zone d’influence russe.

IRAN

Depuis l’exil du chah en 1979 et le triomphe, quelques mois plus tard, de la révolution théocratique de l’ayatollah Khomeyni, les puissances occidentales et leurs alliés sunnites n’ont cessé de tenter d’obtenir la chute de la République islamique d’Iran. En armant l’Irak de Saddam Hussein, en finançant massivement l’opposition en exil des Moudjahidin du peuple, puis en imposant des sanctions économiques censées étrangler le pays et pousser sa population à la révolte.

L’accord sur le nucléaire et la levée progressive du blocus économique constituent donc une victoire indéniable pour le successeur de Khomeyni, le guide suprême de la révolution Ali Khamenei. Si ce dernier a averti le 18 juillet dernier que la politique iranienne ne « changera pas face au gouvernement arrogant américain », dont les orientations sont opposées « à 180 degrés à celles de la République d’Iran », personne n’est dupe: ces déclarations accueillies par les traditionnels « Mort à l’Amérique et à Israël » sont essentiellement destinées à rassurer les conservateurs et les gardiens de la révolution, ces vétérans de la guerre Iran-Irak qui ont profité de l’isolement du pays pour mettre la main sur l’appareil sécuritaire et la plupart des leviers économiques.

ÉTATS-UNIS

Jusqu’à l’arrivée de Barack Obama à la Maison-Blanche, le déclenchement d’une campagne de bombardements sur les infrastructures nucléaires iraniennes semblait inéluctable. Décidés à renverser un par un les régimes d’un improbable « axe du mal », les néoconservateurs envisageaient même l’emploi d’armes nucléaires tactiques face à la rhétorique incendiaire de l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad. Mais dès 2007 et le lancement de la campagne électorale, Barack Obama promet le dialogue sur la question de l’atome iranien et s’engage à résoudre l’une des plus graves crises diplomatiques depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. En ce sens, l’accord obtenu s’impose comme le succès majeur d’un président des États-Unis dont le prix Nobel de la paix obtenu en 2009 demeurait jusqu’à présent en partie usurpé.

Les multinationales américaines devraient sans difficulté se tailler la part du lion dans un marché colossal de plus de 80 millions d’habitants, à moins que le Congrès, dominé par les républicains, et qui dispose de 60 jours pour examiner les termes de l’accord, ne décide de s’y opposer. Dans ce cas, la suspension des sanctions états-uniennes serait probablement remise en cause, et la normalisation potentiellement compromise.

SYRIE

Sans l’Iran et son aide militaire, économique et énergétique, jamais la Syrie de Bachar Al Assad n’aurait tenu 4 ans d’une guerre civile alimentée par la Turquie, le Qatar, l’Arabie saoudite ou les Émirats arabes unis. Le dégel des avoirs iraniens bloqués à l’étranger, et évalués à plus d’une centaine de milliards d’euros, devrait permettre à l’Iran de poursuivre son aide logistique et politique à Damas, tandis que son retour « officiel » sur la scène diplomatique facilitera l’application des accords de défense qui unissent les deux pays.

« La République islamique d’Iran ne renoncera pas à soutenir ses amis dans la région, les peuples opprimés de Palestine, du Yémen, les peuples et gouvernements syriens et irakiens, le peuple opprimé de Bahreïn et les combattants sincères de la résistance au Liban et en Palestine », a encore déclaré Ali Khamenei. Les armes livrées par l’Iran à la résistance libanaise du Hezbollah, principal levier de dissuasion vis-à-vis d’Israël, transitent d’ailleurs toujours par le territoire syrien …

RUSSIE

Alliée stratégique de l’Iran, la Russie devrait obtenir la consolidation de juteux contrats, qu’il s’agisse de livraisons d’armes, de la construction de centrales nucléaires civiles, ou encore d’investissements dans le très prometteur secteur gazier. À moyen terme, l’Iran pourra représenter une alternative énergétique à une Europe qui tente de diversifier ses approvisionnements pour priver Moscou d’un de ses principaux leviers de pression. Mais l’accord sur le nucléaire et la détente politique enclenchée avec l’Europe et les États-Unis, si elle se confirme, offriront une autre compensation à Vladimir Poutine: présenté par la propagande de l’OTAN comme un rempart contre la menace iranienne, le système de bouclier antimissile que les États-Unis tentent de déployer autour de la Russie risque de perdre sa raison d’être officielle. Même si les tensions en Ukraine et les peurs d’une attaque militaire russe agitées par la Pologne ou encore les pays Baltes pourront toujours servir de prétexte de substitution.

FRANCE

Les sanctions économiques adoptées par l’Union européenne avaient coûté très cher aux entreprises françaises, notamment au pétrolier Total ou aux constructeurs d’automobiles Renault et PSA. Ces deux dernières entreprises françaises, qui détenaient près de 40 % du marché automobile iranien, affichent leur intention de revenir en force, même si elles vont devoir composer avec une nouvelle concurrence étatsunienne. General Motors s’est ainsi offert des campagnes publicitaires dans la presse iranienne, et le PDG de PSA, Carlos Tavares, s’attend à « être attaqué (...) par le fait que (PSA) les a abandonnés pendant la période difficile». Néanmoins, les dirigeants de la République islamique ne devraient pas exercer de rétentions particulières à l’égard des entreprises françaises, malgré l’intransigeance affichée par François Hollande et Laurent Fabius (ce dernier doit se rendre en Iran le 29 juillet) au cours des négociations sur le nucléaire iranien.

ISRAËL

Jamais les intérêts stratégiques entre les États-Unis et Israël n’auront autant divergé que sur la résolution de la crise du nucléaire iranien. L’actuel premier ministre de l’État hébreu, Benyamin Netanyahou, avait fait de l’isolement du régime des mollahs, voire du bombardement de l’Iran, sa croisade personnelle, et n’a cessé de s’ingérer dans les négociations dans le but avoué de les faire échouer. « Les 80 prochains jours promettent d’être fascinants », annonçait le journal israélien « Yediot Aharonot » il y a quelques jours, à propos de l’examen de l’accord au Congrès américain. Netanyahou et ses puissants relais aux États-Unis vont s’évertuer à convaincre les parlementaires de s’opposer frontalement à la diplomatie de Barack Obama, tout en poursuivant leur lobbying sur les futurs candidats à la Maison-Blanche. La démocrate Hillary Clinton a d’ailleurs déjà pris ses distances avec la substance de l’accord ..

ARABIE SAOUDITE

La monarchie wahhabite demeure la grande perdante de l’accord sur le nucléaire. Tétanisés par leur voisin chiite, les Saoud craignent de perdre leur légitimité de gardiens des Lieux saints de l’islam, et considèrent toujours la République islamique comme un insupportable contre-modèle à une gérontocratie où le pouvoir s’est jusqu’à présent transmis de frère en frère. Cependant, la course au nucléaire agitée par les Occidentaux, et qui menaçait de gagner l’Égypte en faillite et les pétromonarchies du Golfe, n’a que peu de chance de se concrétiser. À moins que l’Arabie saoudite, hypothèse peu probable, ne parvienne à « acheter » des bombes nucléaires à son allié pakistanais.

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