Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Publié par glazik-plomeur

Des milliers d’éleveurs au bord du gouffre

Par GÉRARD LE PUIL pour HUMANITE.FR

Dans la nuit du 14 au 15 juin, une quinzaine d’abattoirs ont été bloqués par des éleveurs de bovins, comme ici devant l'abattoir de Roanne (Loire).Photo : AFP


Les piliers de l’élevage français sont confrontés à des prix que ne couvrent plus les coûts de production, en raison du racket auquel se livre la grande distribution. Les éleveurs de porcs et de bovins à viande souffrent le plus durement depuis des mois. Pour ce qui est du lait, en mai 2015, le prix moyen de la tonne était descendu à 310€ contre 350€ voilà quelques mois.

Le 12 juin, le ministre de l’Agriculture, Stéphane Le Foll, s’est rendu à la clôture de l’assemblée générale de la Fédération nationale porcine, le syndicat spécialisé de la FNSEA. Selon Paul Auffret, leur président, il manque aux éleveurs de porcs 20 centimes d’euros par kilo de viande pour sortir du déficit d’exploitation au jour le jour. Le ministre a annoncé aux éleveurs que les promotions sur la viande porcine dans les magasins seraient désormais limitées à deux périodes de l’année, en septembre et au début de mois de janvier dans les grandes surfaces. Plus elles sont fréquentes, plus les promos modifient les comportements d’achats qui deviennent alors opportunistes et servent à remplir les congélateurs. Du coup, les opérations de dégagement deviennent inefficientes. Cela étant, on ne voit pas très bien comment cette annonce permettra de faire remonter les cours du porc en juin. Surtout que les difficultés des éleveurs proviennent aussi et surtout des importations abusives que ces grandes surfaces pratiquent en permanence dans le seul but de faire chuter les cours au marché au cadran de Plérin, dont les enchères descendantes servent à enfoncer les éleveurs dans la difficulté.

Pour le reste, Stéphane Le Foll a annoncé le déblocage d’une enveloppe de 5 millions d’euros pour prendre en charge les cotisations sociales que les éleveurs endettés ne sont pas en mesure de payer. Il a aussi promis que le gouvernement veillerait à ce que le logo « viande porcine française » ne soit pas utilisé frauduleusement sur des viandes importées dans les linéaires de la grande distribution, ce qui se produit trop souvent en France. Ces mesures seront bien insuffisantes pour aider les éleveurs à sortir des difficultés. Ces dernières sont aussi le résultat de la baisse des salaires dans les abattoirs en Allemagne. Car ce pays utilise du personnel « détaché » en majorité, ce qui rend la viande allemande plus « compétitive » pour concurrencer celle des autres pays membres de l’Union européenne. Au point que beaucoup d’éleveurs hollandais et danois se contentent désormais de faire naître des porcelets qui sont engraissés en Allemagne.

Les distributeurs refusent de payer la viande au juste prix

Dans la nuit du 14 au 15 juin, une quinzaine d’abattoirs ont été bloqués par des éleveurs de bovins à viande cette fois. Eux aussi veulent se battre pour une remontée des cours à la production après avoir perdu une soixantaine de centimes par kilo de viande depuis un an, soit une somme de 260€ par bête vendue par rapport à l’été 2014. Il y a un mois, ils avaient été reçus par Stéphane Le Foll dans le cadre d’une table ronde de l’interprofession à laquelle participaient aussi les abatteurs et les distributeurs. Le ministre avait donné un mois à ses interlocuteurs pour trouver un accord, qui n’a jamais été acté depuis cette date, les distributeurs refusant de payer la viande au juste prix. Du coup, une nouvelle réunion est prévue au ministère le mercredi 17 juin. En bloquant les abattoirs une seconde fois, les éleveurs espèrent débloquer la situation. Mais cette filière spécialisée en animaux de boucherie de qualité souffre aujourd’hui de la baisse du pouvoir d’achat des ménages auxquels la distribution vend de la viande de vache laitière de réforme, très abondante dans l’Union européenne qui est en train de sortir des quotas laitiers avec un cheptel en hausse depuis deux à trois ans avec plus de vaches de réforme et plus de jeunes bovins mâles qui vont à l’abattoir.

De leur côté, les éleveurs laitiers de la FNSEA avaient choisi de rencontrer le 10 juin dernier les représentants de Carrefour, Auchan, Casino, Leclerc, Intermarché, et Système U pour leur demander de favoriser par leur comportement d’achat un prix du lait «juste». Ils leur ont fait valoir qu’il manque 30€ par tonne de lait partant de la ferme pour « compenser le niveau des charges sur le premier semestre » de cette année. Dans un communiqué d’une naïveté déconcertante, les syndicalistes FNSEA des producteurs de lait déclarent : « La grande distribution réunie par la FNPL (1) s’est montrée à l’écoute des difficultés des éleveurs. Les constats sont partagés (…) La grande distribution a réaffirmé, lors de la réunion du 10 juin, sa volonté d’agir pour mieux rémunérer les producteurs de lait. Les GMS ont souligné que cet objectif ne peut aboutir favorablement sans l’engagement des transformateurs laitiers vis-à- vis des éleveurs (…) C’est pourquoi la FNPL a décidé de réunir les entreprises laitières la semaine prochaine », dit encore le communiqué.

Impossibilité de faire remonter le prix du lait à la ferme

Il apparaît donc que réunir ensemble les trois interlocuteurs de la filière ne fut pas possible le 10 juin et que la grande distribution affirme que le relèvement du prix du lait à la ferme demeure de la responsabilité exclusive des entreprises laitières de collecte et de transformation. Mais, faute de pourvoir convaincre les distributeurs de payer un peut mieux le lait entier, les yaourts et le beurre qui sortent de leurs entreprises, les transformateurs font baisser le prix du lait à la ferme tandis que les distributeurs importent du lait allemand afin de maintenir la pression sur leurs fournisseurs hexagonaux.

Voilà pourquoi la réunion des trois maillons de la filière n’a pas été possible le 10 juin. Voilà aussi pourquoi des tours de table alternés ne seront pas suffisants pour faire remonter le prix du lait à la ferme.

(1) Fédération nationale des producteurs de lait, affilée à la FNSEA.

Commenter cet article