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Publié par glazik-plomeur

Des Bretonnes de 2015 en coiffe et costume

MAGALI JAUFFRET (Guingamp, Rennes, Saint-Brieuc et Pont-l’Abbé, envoyée spéciale.)

Charles Fréger porte son regard sur 50 cercles celtiques dans lesquels se réinterprète la tradition. Une représentation sociale ?

On savait le photographe Charles Fréger aussi déterminé qu’August Sander (1876-1964) dressant l’inventaire de la société allemande des années 1930. Ce fameux photographe n’a-t-il pas déployé, depuis quinze ans, un travail sériel qui s’intéresse aux communautés humaines portant costume ou uniforme, comme les majorettes du nord de la France, les sumos japonais, les patineuses finlandaises, les élèves de l’opéra de Pékin, les ouvriers de chez Renault ?

Pour donner corps à ce type de représentation, l’artiste archiviste s’y prend toujours de la même façon : prises de vues en extérieur, usage du flash, décontextualisation du décor produisant un rapport à la fois frontal et distancié aux signes visuels d’appartenance d’un individu à un collectif…

Charles Fréger casse ses codes formels

Bientôt, le protocole de prises de vue évolue avec l’arrivée de Wilder Mann, série assez fantastique mettant en scène, en décor naturel, les costumes ancestraux d’hommes sauvages, revêtus par des groupes de différents pays d’Europe, au cours de mascarades.

En 2011, le photographe est invité par Paul Cottin, directeur du centre d’art GwinZegal, à travailler sur les jeunes du club de foot de Guingamp. L’occasion de croiser des femmes en costume et de se lancer dans un nouveau projet obsessionnel.

Pendant trois ans, il s’immerge dans une cinquantaine de cercles celtiques, redynamisés depuis les années 1970, assiste à leurs fest-noz et concours, découvre que cet univers, dans lequel « on réfléchit, on discute, on coud (…) n’est pas une matière morte, mais une tradition vivace ». Chemin faisant, il s’aperçoit que la coiffe, fièrement arborée et signifiante, selon ses formes et broderies, du lieu d’origine, de la classe sociale, des étapes de vie de ces très jeunes femmes, est au centre de son travail.

Pour prendre en compte les contraintes liées aux prises de vue de ces cornettes, capots, catioles, fanchons, toukenn, jobelines, queues de langouste, poupettes… Charles Fréger casse ses codes formels.


Dans un studio à ciel ouvert, les mises en scène aux postures et gestuelles affirmées se succèdent : le premier plan retient la délicatesse des carnations et des textures de soie, dentelles et rubans. Derrière, un écran de toile réagissant au flash filtre la lumière, blanchit le paysage et crée un flou sur des scènes champêtres montrant, sur les plages et dans les champs, d’autres femmes en costume récoltant le blé, ramassant le goémon ou guettant le retour des bateaux.

Il se dégage de ces tableaux photographiques douceur, rêve, poésie et un léger trouble de temporalité car le photographe fait là se croiser de l’immuable et de l’anachronique. Et même s’il pointe la tradition, même si les peintures de l’école de Pont-Aven l’inspirent, jamais on ne se sent dans le témoignage historique, encore moins dans la représentation de l’exotisme.

Trois ans plus tard, le centre d’art et de recherche GwinZegal a bien joué. Il a fédéré les quatre musées de la région autour de ce projet. Et chacun déploie sur ses cimaises ses propres déclinaisons et interrogations sur la coiffe, figure de l’espoir, de l’attente, du deuil, de la solidarité féminine, de la révolte. Une façon, pour l’auteur, de montrer qu’en ces temps troublés, « les gens ont plaisir à se rapprocher, à trouver place dans le collectif, à entretenir le vivre-ensemble ».

  • Centre d’art et de recherche GwinZegal, à Guingamp, jusqu’au 27 septembre.

  • Musée Bigouden de Pont-l’Abbé, jusqu’au 31 octobre.

  • Musée de Bretagne, « Les champs libres », à Rennes, jusqu’au 30 août.

  • Musée d’Art et d’Histoire de Saint-Brieuc, jusqu’au 27 septembre.

  • Bretonnes, photos de Charles Fréger, textes de Marie Darrieussecq et Yann Guesdon, éditions Actes Sud, 264 pages, 35 euros.


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