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Publié par glazik-plomeur

Chute sensible du prix du lait en France

GÉRARD LE PUIL pour HUMANITE.FR

Les producteurs de lait sont en train de voir leurs revenus se réduire comme peau de chagrin, comme ceux des éleveurs de bovins à viande.

Photo : Jean-Pierre Muller/AFP

Deux mois après la sortie des quotas laitiers qui régulaient les droits à produire en Europe, le prix du lait payé aux éleveurs a baissée de 10%. En douze mois, la chute des prix dépasse même les 30% en France, sans le moindre avantage pour les consommateurs.

C’était le volume de production annuel à ne pas dépasser dans chaque pays membre de l’Union européenne. Les quotas laitiers servaient depuis 1984 à réguler la production laitière dans le but d’adapter l’offre à la demande. Ce système de régulation a été abandonné voilà deux mois. Mais, avant même cet abandon, plusieurs pays producteurs avaient anticipé la sortie des quotas en augmentant leur production pour prendre de nouvelles parts sur les marchés dans l’Union européenne comme dans pays tiers. Une stratégie risquée, aggravée par la mise en place de l’embargo russe en août 2014 alors que la Russie achetait ces dernières années beaucoup de beurre et de fromages dans l’UE. Pendant que les européens abandonnaient les quotas pour produire plus, la Nouvelle Zélande augmentait aussi sa production et ses exportations.

Le prix du lait payé aux paysans dégringole en France

En 2014, le prix moyen des 1 000 litres de lait payé par la coopérative SODIAAL avait été de 364€, soit assez proche du prix des autres laiteries. Selon FranceAgrimer, le prix moyen payé en France au mois de mars 2015 par ces mêmes laiteries était de 301€ et il risquait de tomber à 290€ pour les livraisons du mois de mai payées en juin. Pour comprendre ces fluctuations, il faut savoir que la meilleure valorisation du lait s’obtient dans la production de fromages, de yaourts, de crèmes dessert et autres produits à forte valeur ajoutée, surtout quand ils sont labellisés. Pour peu que les débouchés n’augmentent pas, voire diminuent, dans ces segments de marché, il faut transformer davantage de lait en beurre et en poudre, laquelle sert surtout à nourrir les veaux de boucherie élevés en batterie.

Le beurre et la poudre sont des produits qui se stockent facilement, ce qui permet de ne pas perdre cette matière première qu’est le lait en cas de surproduction momentanée. Mais, quand la surproduction dure longtemps, le prix du beurre et de la poudre peuvent chuter sensiblement en quelques semaines. Ainsi, le prix mondial de la poudre maigre (lait écrémé transformé en poudre) était tombé à 1 770€ la tonne en mai 2015, contre 3 100€ la tonne en mai 2014. Dans ce cas, les entreprises de collecte laitière qui produisent beaucoup de beurre et de poudre peuvent travailler à perte et répercutent leurs pertes sur le dos des producteurs de lait en leur imposant des baisses de prix. Sauf que ces derniers ne peuvent pas faire baisser leurs coûts de production qui sont tributaires des investissements dans les bâtiments, le troupeau, le foncier, les engrais, l’énergie, les aliments importés comme les tourteaux de soja.

... ainsi que le prix de la viande

Voilà pourquoi les producteurs de lait sont en train de voir leurs revenus se réduire comme peau de chagrin, ce qui est aussi le cas des éleveurs de bovins à viande depuis des mois. En effet, du fait de l’augmentation du cheptel laitier européen depuis trois ans en prévision de la sortie des quotas, le surcroît de vaches laitières entraine, lui aussi, un surcroît de viande bovine à mettre sur le marché du fait d’un nombre croissant de vaches de réforme et de jeunes bovins mâles conduits à l’abattoir, puisqu’une vache doit faire naître un veau par an pour renouveler le cycle de sa production laitière. Et comme la viande de vache de réforme se vend bon marché, l’abondance de l’offre tire vers le bas le prix des bovins de boucherie issus de races prestigieuses comme la charolaise et la limousine.

Voilà pourquoi nous avons deux crises qui se déroulent en même temps sans la moindre baisse du prix de la viande que paie le consommateur, puisque les distributeurs français continuent d’importer de la viande de laitière de réforme, ce qui leur permet aussi de peser sur les cours des marchés aux bestiaux en France. C’est ainsi que l’on ruine les filières de production en France, avec d’importantes pertes d’emplois dans l’agriculture et l’agro-alimentaire.

Lors de la réunion interprofessionnelle du 12 mai sous sa présidence, le ministre de l’Agriculture avait donné un mois aux producteurs, abatteurs et distributeurs pour trouver un accord devant déboucher sur une meilleure rémunération des éleveurs. Mais les distributeurs français ne souscrivent jamais à ce genre d’accord et les gouvernements qui se succèdent à la direction des affaires les laissent agir à leur guise. Quitte à ruiner en quelques mois des pans entiers de notre économie.

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