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Publié par glazik-plomeur

 Agriculture : une autre façon de produire en Bretagne


« 320 euros de marge brut par tonne de lait »

Gros plan sur le parcours atypique de Patrick Le Fustec, installé à Plouaret, agriculteur à contre-courant du productivisme ambiant en Bretagne.

Patrick Le Fustec s’est installé en 1979 comme quatrième associé dans un groupement agricole d’exploitation en commun (Gaec) sur une ferme qui ne comptait alors qu’une trentaine d’hectares contre 85 aujourd’hui.

Comment s’est déroulée votre installation voilà bientôt trente-cinq ans ?

Patrick Le Fustec. La ferme comptait déjà trois associés. Je me suis donc installé sans les aides dévolues aux jeunes agriculteurs pour cause de superficie insuffisante. Le Crédit agricole voulait bien me prêter de l’argent à condition que je me lance dans l’élevage de porcs ou de volaille en hors-sol, ce qui impliquait de construire des bâtiments et d’acheter des aliments pour nourrir le bétail. Il nous proposait aussi un plan de développement en production laitière intensive. Ce n’était pas ma philosophie, ni celle de mes associés. Nous avons donc refusé la proposition de la banque verte qui ne m’a accordé aucun crédit. J’ai obtenu un prêt du Crédit mutuel de Bretagne pour payer mes parts dans le Gaec.

Et vous vous en êtes sorti de cette manière ?

Patrick Le Fustec. Oui. Nous avons décidé d’augmenter la production de pommes de terre de semences à hauteur de 10 hectares par an. Cette activité annexe à la production laitière avait le double avantage de mieux répartir la charge de travail sur l’exploitation et de nous assurer entre 20 et 40 % du revenu annuel selon les années. Pour la production laitière, nous recherchions un maximum d’autonomie fourragère par la culture associée des graminées et des légumineuses. Au début, nous étions aidés par un technicien de la chambre d’agriculture. Il était le seul à l’époque à s’intéresser aux systèmes fourragers alternatifs au maïs. Mais son employeur lui a laissé le choix entre nous aider ou garder son emploi. Il a tenu à garder son emploi, ce que je comprends. Nous avons alors rejoint le Cepada (1), dont l’activité correspondait aux idées que nous avions concernant l’équilibre entre le sol, la plante, l’animal et l’homme. En agriculture, l’argent que l’on gagne le plus facilement, c’est celui que l’on ne dépense pas si on sait faire travailler la nature de manière intelligente.

Quel est votre secret pour produire du lait à moindre coût ?

Patrick Le Fustec. C’est la qualité de nos prairies. Nous n’achetons pas de soja car le mélange de graminées et de légumineuses nous assure une bonne qualité de l’herbe en protéines. Nous fertilisons avec un peu de chaux et un apport de potasse. Nous faisons du foin de qualité que nous séchons en grange et ne cultivons pas de maïs. Voilà comment nous obtenons 320 euros de marge brut par tonne de lait avec des vaches qui en produisent 6 tonnes par an et par tête contre 9 tonnes en système intensif.

(1) Centre d’étude pour un développement agricole plus autonome.

Entretien réalisé par G. L. P. pour L'Humanité

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